Au coeur de l'Estrémadure, sur le site de Casas del Turuñuelo, des archéologues viennent de faire une découverte sans précédent dans toute la péninsule Ibérique : la moitié d'un char votif en bronze datant du Ve siècle avant notre ère. C'est la 8e campagne de fouilles de ce site qui livre ce trésor, confirmant au passage que la civilisation de Tartessos était bien plus sophistiquée qu'on ne le supposait il y a encore quelques décennies.
Le char est orné d'une iconographie spectaculaire : Achéloüs, le dieu-fleuve de la mythologie grecque, représenté sous la forme d'un homme à tête de taureau ; des griffons aux ailes déployées ; et des atlantes, ces personnages masculins qui portent le ciel sur leurs épaules. Chacun de ces motifs est emprunté au répertoire grec et étrusque — ce qui confirme que les artisans tartessiens n'imitaient pas simplement leurs voisins méditerranéens, mais les fréquentaient, les recrutaient peut-être, et adaptaient leur symbolisme à leurs propres besoins rituels.
La civilisation de Tartessos prospérait du IXe au Ve siècle avant notre ère dans le sud-ouest de la péninsule Ibérique, à l'embouchure du Guadalquivir. Elle contrôlait des ressources considérables en métaux — argent, cuivre, étain — qui attiraient les Phéniciens de Tyr et les Grecs de Phocée. Les Anciens en parlaient comme d'un royaume fabuleux : Hérodote raconte que ses rois vivaient si longtemps qu'ils semblaient immortels ; Strabon la situe à l'emplacement d'une ville engloutie. Cette aura mythique a conduit certains historiens modernes à l'identifier — à tort — à l'Atlantide de Platon.
Le char de Casas del Turuñuelo n'était pas destiné à rouler sur des routes. C'est un objet votif, probablement utilisé lors de rituels de fondation ou de consécration, puis enterré ou détruit intentionnellement — une pratique attestée dans plusieurs cultures de l'âge du FerÂge du ferDernière période de la protohistoire (à partir d'env. −1200 en Europe et au Proche-Orient), marquée par la métallurgie du fer et les premiers royaumes.→ ibérique. La moitié manquante du char a peut-être été emportée, fondue, ou se trouve dans une autre partie du site encore non fouillée. Les archéologues, menés par l'équipe de l'CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas), prévoient de reprendre les fouilles dès l'automne 2026.
Cette découverte s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de Tartessos. Longtemps perçue comme une culture périphérique et mystérieuse, la civilisation tartessienne apparaît aujourd'hui comme un acteur à part entière du monde méditerranéen de l'âge du Fer, capable de produire des oeuvres d'art d'une sophistication égale à celles de ses contemporains grecs ou étrusques.
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