Elle fut l'une des trois grandes civilisations de l'âge du bronzeÂge du bronzePériode protohistorique succédant au Néolithique, marquée par la métallurgie du bronze (alliage cuivre-étain) et l'essor des premières cités et États ; en Égypte, elle correspond à l'époque des premières pyramides.→, aux côtés de la Mésopotamie et de l'Égypte. Pourtant, la civilisation de l'Indus reste la plus méconnue des trois : ses villes quadrillées comptaient parmi les mieux planifiées de l'Antiquité, mais son écritureÉcritureSystème de signes conventionnels servant à fixer durablement la langue ou l'information ; son apparition (vers 3300 av. J.-C.) marque, par convention, la fin de la préhistoire.→ n'a jamais été déchiffrée et le nom de ses rois, s'il y en eut, nous échappe encore. Ce documentaire d'imineo retrace l'énigme de cette culture disparue, révélée il y a un siècle sous les tells du Pakistan et du nord-ouest de l'Inde.
Une civilisation immense, longtemps oubliée
Redécouverte dans les années 1920 avec les fouilles de HarappaHarappaCité majeure de la civilisation de l'Indus, dans le Pendjab pakistanais, premier site fouillé qui a donné son nom à la culture harappéenne.→ et de Mohenjo-daroMohenjo-daroL'une des plus grandes villes de la civilisation de l'Indus (Sind, Pakistan), célèbre pour sa Grande Baignoire et son urbanismeUrbanismeOrganisation planifiée de l'espace urbain (rues, quartiers, réseaux d'eau et d'égouts, édifices publics) ; la civilisation de l'Indus en offre un exemple précoce et remarquable.→ en damier ; site du patrimoine mondial.→, la civilisation de l'IndusCivilisation de l'IndusGrande civilisation urbaine de l'âge du bronze (~2600-1900 av. J.-C.) sur l'actuel Pakistan et le nord-ouest de l'Inde : villes planifiées (Harappa, Mohenjo-daro), briques standardisées, écriture non déchiffrée, absence de palais monumentaux.→ (ou civilisation harappéenne) s'est développée dans le bassin de l'Indus, sur le territoire de l'actuel Pakistan, du nord-ouest de l'Inde et jusqu'aux marges de l'Afghanistan.1 À son apogée, entre 2600 et 1900 avant notre ère, elle couvrait environ 1,5 million de kilomètres carrés, une aire plus vaste que celle de l'Égypte et de la Mésopotamie réunies, et aurait rassemblé jusqu'à cinq millions d'habitants répartis dans des centaines d'agglomérations.2

Longtemps éclipsée par ses voisines mieux documentées, elle est aujourd'hui reconnue comme l'une des premières grandes cultures urbaines de l'humanité, et sans doute la plus étendue de l'âge du bronze.
Des villes quadrillées et un urbanisme d'avant-garde
Ce qui frappe d'abord les archéologues, c'est la rigueur de l'urbanisme harappéenHarappéenRelatif à la civilisation de l'Indus, du nom de son premier site fouillé, Harappa (Pendjab pakistanais) ; désigne la culture matérielle, l'écriture et les habitants de cette civilisation.→. Les grandes villes, Mohenjo-daro, Harappa, Dholavira, étaient bâties selon un plan en damier, avec des rues principales orientées nord-sud et est-ouest découpant des îlots rectangulaires réguliers.3

Les maisons, en briques cuites de dimensions standardisées, étaient reliées à un réseau d'égouts couverts d'une sophistication inégalée pour l'époque. Bains privés, puits, greniers, bassins de stockage de l'eau et, à Mohenjo-daro, une vaste « Grande Baignoire » (Great Bath), témoignent d'une maîtrise remarquable de l'assainissement et de l'hydraulique. La récurrence de ce plan sur des sites parfois distants de centaines de kilomètres suggère une forme d'autorité planificatrice partagée.
Une écriture toujours indéchiffrée
Le plus grand mystère de l'Indus tient à son écritureÉcriture de l'IndusSystème de signes (env. 400) gravés sur sceaux, tablettes et poteries harappéens, non déchiffré à ce jour faute de texte bilingue.→. On connaît environ quatre cents signes, gravés surtout sur de petits sceauxSceauSceauPetit objet gravé (souvent en stéatite) servant à imprimer une marque dans l'argile ; les sceaux de l'Indus, à animaux et signes, attestent administration et échanges, mais leur écriture reste indéchiffrée.→ harappéenPetit cachet en stéatite gravé d'animaux (souvent une « licorne ») et de signes, servant sans doute au commerce et à l'identification ; emblème de la civilisation de l'Indus.→ de stéatite, sur des tablettes et des poteries.3

Faute de texte bilingue comparable à la pierre de Rosette, et parce que les inscriptions sont très courtes (quelques signes en moyenne), cette écriture résiste à toutes les tentatives de déchiffrementDéchiffrementReconstitution du sens et de la valeur des signes d'une écriture inconnue, souvent à partir de textes bilingues, de noms propres répétés ou de régularités statistiques.→. Nous ignorons donc jusqu'à la langue parlée par les Harappéens, et l'essentiel de leur histoire politique et religieuse nous demeure muet.
Un art discret mais raffiné
La civilisation de l'Indus n'a pas laissé de temples monumentaux ni de tombes royales fastueuses, mais son art mobilierArt mobilierObjets d'art transportables (statuettes, gravures sur os ou ivoire), comme les Vénus paléolithiques.→ est d'une grande finesse. Deux pièces sont devenues iconiques.

La Danseuse, petit bronze coulé à la cire perdue, révèle une maîtrise précoce de la métallurgie ; le Roi-prêtre, buste de stéatite au regard mi-clos et au vêtement à motifs de trèfles, incarne l'image la plus célèbre de cette culture, même si l'on ignore tout du personnage représenté. Sceaux, figurines de terre cuiteTerre cuiteArgile façonnée puis durcie par cuisson ; matériau des poteries, briques et figurines, omniprésent depuis le Néolithique.→, parures de cornaline et poids cubiques standardisés complètent ce tableau d'une société d'artisans et de marchands.
Le Roi-prêtre et l'énigme du pouvoir
Contrairement à l'Égypte et à ses pharaons, ou à Sumer et ses rois, la civilisation de l'Indus n'a livré ni palais royal identifié, ni représentation évidente de souverain, ni scène de guerre triomphale.

Cette apparente absence d'une élite guerrière ostentatoire intrigue : certains chercheurs y voient une société relativement égalitaire, d'autres une autorité fondée sur le commerce, l'eau ou la religion plutôt que sur la force militaire. Le débat reste ouvert, et c'est l'un des grands attraits de cette culture énigmatique.
Un commerce à l'échelle du monde connu
Les Harappéens n'étaient pas isolés. Leurs sceaux et leurs perles de cornaline ont été retrouvés jusqu'en Mésopotamie, où les textes cunéiformes évoquent un pays lointain nommé MeluhhaMeluhhaNom donné dans les textes mésopotamiens à un pays lointain, que la plupart des spécialistes identifient à la civilisation de l'Indus, partenaire commercial de Sumer.→, que la plupart des spécialistes identifient à la civilisation de l'Indus.1

Coton, bois, ivoire, cornaline et peut-être céréales s'échangeaient par voie terrestre et maritime, via le golfe Persique. Un système de poids et de mesures d'une régularité étonnante encadrait ces transactions, signe d'une économie organisée et d'une confiance partagée dans des standards communs.
La fin d'un monde, vers 1900 av. J.-C.
Autour de 1900 avant notre ère, les grandes villes déclinent : l'urbanisme se relâche, l'écriture et les sceaux disparaissent, les populations se dispersent vers l'est et le sud.4 Les causes de ce délitement restent discutées et probablement multiples.
On évoque l'affaiblissement de la mousson et une aridification progressive, le déplacement ou l'assèchement de rivières (notamment le système Ghaggar-Hakra), des inondations à répétition, ou encore des tensions internes. L'ancienne théorie d'une invasion « aryenne » violente est aujourd'hui largement abandonnée au profit d'un scénario de transformation lente et régionale. La civilisation de l'Indus ne s'est pas effondrée en un jour : elle s'est diluée, laissant derrière elle des villes de brique et une écriture que nous ne savons toujours pas lire.
À propos de ce documentaire
Ce film, « Civilisation de l'indus : une énigme de 5000 ans », est proposé par la chaîne imineo Documentaires, qui met en ligne de nombreux documentaires de vulgarisation en français.5 Il offre une porte d'entrée accessible vers cette civilisation fascinante, que les recherches archéologiques continuent d'éclairer, fouille après fouille.
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