Il y a dix mille ans, des populations du continent americain domestiquèrent des plantes qui allaient changer le monde entier. La pomme de terre, le quinoa, le manioc, le piment, le cacao, l'arachide : ces especes, nees de millenaires de selection en Amerique du Sud, nourrissent aujourd'hui des milliards d'etres humains et constituent le fondement de cuisines du monde entier. Cette revolution agricole andine est l'une des grandes transformations de l'histoire de l'humanite -- comparable a la domestication du ble en Proche-OrientProche-OrientRégion d'Asie occidentale (Levant, Mésopotamie, Anatolie, Iran), berceau de la révolution néolithique, de l'agriculture, des premières villes et de l'écriture.→ ou du riz en Asie.
La region du lac Titicaca, a 3 800 metres d'altitude, constitue le berceau de la domestication andine par excellence. C'est la que les premieres communautes d'agriculteurs sedentaires ont selectionne, sur des generations, les varietes sauvages de pomme de terre (Solanum spp.) les moins toxiques et les plus productives. Aujourd'hui encore, les Andes peruviennes et boliviennes abritent plus de 3 000 varietes de pommes de terre, temoignant de la richesse de cet heritage genetique.[1]
Le quinoa et les cereales andines
Le quinoa (Chenopodium quinoa) a ete domestique dans les Andes il y a environ 5 000 a 7 000 ans, probablement a partir d'especes sauvages du genre Chenopodium qui poussent encore dans les friches andines. Sa richesse proteique exceptionnelle -- il contient les huit acides amines essentiels -- en faisait une base alimentaire ideale pour les populations vivant a haute altitude, ou les sources de proteines animales sont limitees. La civilisation inca en avait fait l'un de ses aliments sacres.
D'autres plantes andines ont joue un role fondamental : le maca (Lepidium meyenii), plante racine des hautes Andes, le kiwicha (amarante des Andes), la oca et l'ulluco -- des tubercules oublies en dehors du continent americain mais essentiels a l'alimentation des populations d'altitude depuis des millenaires.
Le manioc : la revolution tropicale
En Amazonie, c'est une autre plante qui a transforme la subsistance des populations tropicales : le manioc (Manihot esculenta). Domestique il y a environ 8 000 a 10 000 ans dans le bassin de l'Orénoque (Venezuela-Colombie), il s'est diffuse sur l'ensemble des basses terres tropicales d'Amerique du Sud. Sa resistance aux sols pauvres et aux conditions d'humidite variables en fait une culture ideale pour les agricultures tropicales -- et son adoption par les Europeens apres 1492 a transforme l'agricultureAgricultureCulture des plantes et production de nourriture par travail du sol, apparue au Néolithique au Proche-Orient puis indépendamment ailleurs ; elle transforme radicalement les sociétés humaines.→ africaine et asiatique.
A ces plantes s'ajoutent les animaux domestiques andins : le lama (Lama glama) et l'alpaga (Vicugna pacos), domestiques il y a 5 000 a 6 000 ans a partir de vigognes sauvages sur les hauts plateaux. Ces animaux ont fourni laine, viande, force de transport et engrais -- des ressources qui, combinees aux cultures andines, ont permis le developpement des premieres civilisations complexes d'Amerique du Sud. La revolution agricole andine n'etait pas une importation mais une invention independante -- et l'une des plus fecondes de l'histoire humaine.
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