Sous les dalles d'une nécropoleNécropoleVaste ensemble de sépultures, « ville des morts » organisée, souvent sur plusieurs époques. longtemps ignorée, au coeur de la ville moderne de Matariya (ancien Héliopolis), une équipe du Conseil suprême des antiquités égyptiennes a mis au jour ce que les archéologues cherchaient depuis des décennies : le premier ensemble funéraire quasi-complet jamais découvert dans cette cité du Soleil. L'annonce, faite le 31 mai 2026, a provoqué une vive émotion dans la communauté scientifique.

Récipient à khôl en albâtre, Égypte ancienne, Nouvel Empire
Récipient à khôl inscrit pour la reine Tiyi, Nouvel Empire, LACMA — domaine public

La tombe appartient à un personnage nommé Panehsy et remonte au Nouvel Empire, vers 1 200 avant notre ère. Sous un sol en briques crues, les fouilleurs ont dégagé un trésor de la vie quotidienne et funéraire : un miroir en cuivre, trois récipients à khôl dont deux en albâtre et un en obsidiane volcanique, des flacons en faïence bleue, six scarabées — dont deux plaqués or — une paire de boucles d'oreilles en or pur, et plusieurs amulettes représentant un canard et une couronne Atef, symbole d'Osiris.

Scarabée en or, Égypte ancienne, collection Met Museum
Scarabée serti sur monture en or, Égypte ancienne — CC0, Metropolitan Museum of Art

Héliopolis était la grande cité solaire de l'Égypte antique. Siège du culte de Rê, elle rivalisait en prestige avec Thèbes et Memphis. Pourtant, ses nécropoles sont restées largement méconnues, éclipsées par la célébrité de Saqqara ou de la Vallée des Rois. La raison tient à l'urbanisation : Héliopolis est aujourd'hui ensevelie sous Le Caire moderne, et les fouilles s'y déroulent dans des conditions périlleuses, entre constructions et nappes phréatiques. La découverte de la tombe de Panehsy constitue donc un jalon exceptionnel.

Les objets de toilette retrouvés — le khôl, le miroir, les flacons — témoignent d'une conception égyptienne du corps et de la beauté qui traversait la frontière entre vivants et morts. Le khôl n'était pas seulement un cosmétique : appliqué autour des yeux, il protégeait du rayonnement solaire intense et éloignait les mauvais esprits. Son dépôt dans la tombe garantissait au défunt de continuer à jouir de cette protection dans l'au-delà. L'obsidiane, roche volcanique rare en Égypte (on la trouve principalement en Éthiopie ou en Anatolie), signale une richesse et des réseaux d'échange à longue distance.

Maquette d'un portail de temple votif à Héliopolis, Brooklyn Museum
Maquette d'un portail de temple votif à Héliopolis, Brooklyn Museum — domaine public

Les scarabées dorés méritent eux aussi qu'on s'y arrête. Dans la cosmologie égyptienne, le scarabée (khepri) symbolise le soleil levant et la régénération. Le trouver ici, plaqué d'or, dans la nécropole de la cité du Soleil, n'est pas un hasard : Héliopolis était le lieu où le mythe de la création solaire prenait tout son sens. La présence de la couronne Atef — attribut osirien composé d'une mitre blanche flanquée de plumes — indique que le défunt cherchait à s'identifier à Osiris, maître du royaume des morts, pour garantir sa résurrection.

Les fouilles de Matariya se poursuivent. Chaque saison apporte son lot de surprises dans un site que les archéologues comparent à un millefeuille : sous le cimetière du Nouvel Empire se trouvent vraisemblablement des couches plus anciennes, peut-être remontant à l'Ancien EmpireAncien EmpirePremière grande période de l'Égypte pharaonique unifiée (~2700-2200 av. J.-C., IIIe-VIe dynasties), âge d'or des grandes pyramides et d'un État fortement centralisé. voire à la période prédynastiquePrédynastiquePériode de l'Égypte antérieure à l'unification (vers 3100 av. J.-C.) et à la Ire dynastie, marquée par les cultures de Nagada et l'émergence progressive de l'État.. La tombe de Panehsy n'est peut-être que le premier feuillet d'une histoire plus longue.