Et si notre espece n'avait jamais ete seule ? C'est la question que pose Homo Orcus : traque au-dela du reel ?, documentaire fictif realise en 2010 par Eric Audinet et Patrick Glotin pour les productions Lukarn et Saison Cinq. Le film met en scene des chercheurs allemands et francais explores une hypothese troublante : une lignee hominide inconnue aurait survecue jusqu'a notre epoque, echappant pendant des millenaires a l'oeil des scientifiques.
Diffuse sur la chaine SLICE Docus, ce mockumentaire (documentaire de fiction) revendique clairement son statut de canular scientifique tout en s'ancrant dans des questions que la paleontologie pose pour de vrai. En 53 minutes, il voyage des laboratoires aux forets, des temoignages de terrain aux debats philosophiques sur les frontieres de l'humanite.
La science derriere la fiction
Si Homo Orcus est une oeuvre de fiction, l'hypothese qu'il explore n'est pas si eloignee de ce que la science a decouvert. En 2004, des paleontologues annoncent la decouverte d'Homo floresiensis dans la grotte de Liang Bua, en Indonesie. Ce petit hominide, surnomme le "hobbit", aurait survecu jusqu'a il y a seulement 50 000 ans sur l'ile de Flores. En 2010, l'annee meme de la sortie du film, les geneticiens revelen l'existence des Denisoviens a partir d'un minuscule fragment d'os decouvert en Siberie. Ces hominides distincts de Neandertal et d'Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→ sont toujours presents dans notre genome : les populations d'Oceanie et d'Asie du Sud-Est en portent jusqu'a 5 % d'ADN.
L'humanite prehistorique etait bien plus riche et diverse qu'on ne l'imaginait. Des especes comme Homo luzonensis (Philippines, 2019) ou Homo naledi (AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde.→ du Sud, 2015) ont ete decouvertes recemment, parfois dans des conditions troublantes. La question posee par Homo Orcus, celle d'une lignee oubliee, n'est donc pas absurde sur le plan paleontologique - elle est simplement decalee dans le temps.
Un genre cinematographique au service de la science
Le mockumentaire scientifique est un genre rare qui exige un double equilibre : etre suffisamment credible pour interroger le spectateur, mais suffisamment fictif pour ne pas tromper. Homo Orcus joue sur cette ligne avec une mise en scene qui emprunte les codes du documentaire ethnologique et de l'enquete journalistique. Le film est coproduit par Lukarn, structure bretonne specialisee dans la creation audiovisuelle de territoire, et Saison Cinq, societe qui produit notamment des documentaires de vulgarisation scientifique.
Le dispositif narratif repose sur des "temoignages" de chercheurs fictifs, des sequences de terrain dans des forets europeennes et des analyses de laboratoire mises en scene. Le film pose des questions philosophiques serieuses : qu'est-ce qu'un humain ? Ou s'arrete le genre Homo ? Que se passerait-il socialement et juridiquement si l'on decouvrait une espece humaine encore vivante ?
Pourquoi le regarder aujourd'hui
Seize ans apres sa sortie, Homo Orcus n'a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire. Chaque nouvelle decouverte en paleontologie genomique - les Denisoviens, les "fantomes genomiques" decouverts dans l'ADN de populations africaines, les hybrides Neandertal-Denisoviens - renforce l'idee que l'arbre humain etait infiniment plus ramifie que nous le pensions. Le film, traite comme de la fiction en 2010, dialogue aujourd'hui avec une realite scientifique qui le depasse presque.
C'est la marque des meilleures oeuvres de fiction scientifique : non pas predire l'avenir, mais poser les bonnes questions avant que la science ne les pose elle-meme.
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