Il y a quinze mille ans, alors que les glaces reculaient lentement, les derniers grands chasseurs du PaléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoire (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette. portaient l'art à un sommet. Le Magdalénien, c'est Lascaux et Altamira, mais aussi le harpon en bois de renne, la sculpture sur os et des sociétés mobiles suivant les troupeaux à travers l'Europe de la fin des temps glaciaires. Ce documentaire de World View revient sur le mystère des sculptures magdaléniennes, la face gravée et sculptée de cette culture d'artistes.

Le Magdalénien, apogée du Paléolithique

Le MagdalénienMagdalénienDernière grande culture du Paléolithique supérieur (env. −17 000 à −12 000), apogée de l'art pariétalArt pariétalArt réalisé sur les parois des grottes et abris (peintures, gravures), par opposition à l'art mobilier. (Lascaux). est la dernière grande culture du Paléolithique supérieurPaléolithique supérieurDernière phase du Paléolithique (env. 45 000 à 10 000 ans), marquée par Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens. en Europe, l'art, les parures et une succession de cultures (AurignacienAurignacienPlus ancienne culture du Paléolithique supérieur européen (env. −43 000 à −33 000), associée à l'arrivée d'Homo sapiens et aux premières œuvres d'art., GravettienGravettienCulture du Paléolithique supérieur (env. −33 000 à −21 000) répartie de l'Atlantique à la Sibérie, célèbre pour ses statuettes féminines en ivoire (« Vénus ») et, à Dolní Věstonice, la plus ancienne céramique cuite., SolutréenSolutréenCulture du Paléolithique supérieur européen (env. −22 000 à −17 000), remarquable par ses pointes lithiques en feuille de laurier taillées en retouche plate. Contemporain de la deuxième phase d'art de la grotte Cosquer., Magdalénien). européen, entre environ 17 000 et 12 000 ans avant notre ère. Il tire son nom de l'abri de La Madeleine, en Dordogne. C'est l'âge d'or des chasseurs de rennes, dans une Europe encore froide mais en cours de réchauffement, à la sortie du Dernier Maximum GlaciaireDernier Maximum GlaciaireApogée de la dernière glaciation (env. 26 000 à 19 000 ans), aux calottes glaciaires maximales ; il repousse les populations vers des refuges méridionaux..1

Cheval peint de Lascaux
Un cheval de la grotte de Lascaux (Dordogne) : l'art pariétal magdalénien atteint une maîtrise du trait, du volume et du mouvement rarement égalée. (crédit : à compléter)

Étendu de la péninsule Ibérique à la Pologne, ce monde de chasseurs-cueilleursChasseurs-cueilleursMode de vie fondé sur la chasse, la pêche et la collecte de ressources sauvages, sans agriculture ni élevage ; il a dominé presque toute l'histoire humaine. a laissé une densité d'art et d'objets sans précédent, au point que les préhistoriens y voient volontiers un sommet de la créativité paléolithique.

Lascaux, Altamira et l'art des cavernes

Le Magdalénien est indissociable de l'art pariétal. Lascaux (vers 17 000 ans) et Altamira, en Espagne, en sont les joyaux : fresques de chevaux, aurochs, bisons et cerfs, peints à l'ocre et au charbon, gravés dans la roche, souvent au fond de galeries difficiles d'accès.2

Plafond d'Altamira
Le plafond des bisons d'Altamira (Cantabrie, Espagne), reproduction : l'un des chefs-d'oeuvre de l'art magdalénien, longtemps jugé trop beau pour être préhistorique. (crédit : à compléter)

Ces images ne sont pas de simples décorations : leur emplacement, leur récurrence et leurs associations d'animaux suggèrent une pensée symbolique élaborée, dont le sens exact nous échappe encore. ChamanismeChamanismeEnsemble de croyances et de pratiques rituelles fondees sur la communication entre le monde des vivants et un monde des esprits, par l intermediaire d un officiant (le chamane) entrant en transe. L hypothese chamanique a ete proposee pour interpreter une partie de l art parietal paleolithique., mythes, marquage du territoire : les hypothèses abondent, les certitudes manquent.

Le harpon, signature des chasseurs

Si un objet résume le Magdalénien, c'est le harponHarponArme de chasse et de pêche en bois de renne ou en os, munie de barbelures ; objet emblématique du Magdalénien, dont les formes servent à dater les niveaux. en bois de renne ou en os, à une ou deux rangées de barbelures. Emmanché sur une hampe, il servait à la pêche et à la chasse, notamment du saumon et du renne.1

Harpons magdaléniens
Harpons magdaléniens en bois de renne (site de Fontalès) : l'évolution de leurs barbelures sert de fossile directeur pour dater les niveaux archéologiques. (crédit : à compléter)

L'industrie osseuse magdalénienne est d'une richesse remarquable : sagaies, propulseurs, aiguilles à chas, lissoirs, bâtons percés. Le travail du bois de renne, matière souple et résistante, y atteint une virtuosité technique inédite.

Un art mobilier d'une finesse inouïe

À côté des parois ornées, le Magdalénien a produit un art mobilierArt mobilierObjets d'art transportables (statuettes, gravures sur os ou ivoire), comme les Vénus paléolithiques. foisonnant : objets gravés et sculptés que l'on pouvait transporter. C'est le coeur du documentaire de World View, consacré aux sculptures magdaléniennes.

Cheval gravé magdalénien
Cheval finement gravé sur un support en pierre, art mobilier magdalénien (Fontalès) : la même main que celle des grandes fresques, à l'échelle de la paume. (crédit : à compléter)

Propulseurs ornés d'animaux sculptés, plaquettes gravées, contours découpés, figurines : ces pièces révèlent des artistes observant la faune avec une précision quasi naturaliste. Elles circulaient parfois loin de leur lieu de fabrication, témoignant de réseaux d'échange étendus.

Renne, saumon et sociétés mobiles

L'économie magdalénienne repose largement sur le renne, chassé lors de ses migrationsMigrationsDéplacements de populations sur de longues distances ; moteur majeur de l'histoire humaine (sortie d'Afrique, peuplement des continents, diffusions néolithiques et steppiques). saisonnières, complété par le cheval, le bison, le saumon et de petites proies. Cette dépendance impose une grande mobilité : les groupes suivent le gibier et se rassemblent à certaines saisons.3

Renne gravé de Font-de-Gaume
Renne figuré dans la grotte de Font-de-Gaume (relevé ancien) : le renne, gibier vital, est omniprésent dans l'art comme dans l'alimentation magdaléniens. (crédit : à compléter)

Cette mobilité n'empêche pas une organisation sociale complexe : camps de plein air et abris sous roche, ateliers spécialisés, sépultures, parures de coquillages et de dents percées échangées sur de longues distances dessinent des communautés connectées à l'échelle du continent.

Un outillage de pierre spécialisé

L'outillage lithique magdalénien est fondé sur la production de lames et de lamelles régulières, débitées avec économie. Burins, grattoirs, perçoirs et surtout fines lamelles à dos, montées en armatures de projectiles, composent une panoplie efficace et standardisée.

Outils magdaléniens
Outils de silex magdaléniens (vers 16 000 à 13 000 av. J.-C.) : lames, burins et grattoirs, produits en série à partir de nucléus soigneusement préparés. (crédit : à compléter)

Cette efficacité technique libère du temps et des ressources pour l'art et l'artisanat, dont l'abondance à cette période n'est sans doute pas un hasard.

La fin d'un monde glaciaire

Vers 12 000 ans avant notre ère, le réchauffement s'accélère : la forêt gagne, la steppeSteppeVaste plaine herbeuse semi-aride d'Eurasie, sans arbres, propice à l'élevage nomade et au cheval ; corridor de circulation des peuples et des techniques de la préhistoire récente. recule, le renne remonte vers le nord.4 Les sociétés magdaléniennes se transforment, laissant place aux cultures de l'Azilien puis du MésolithiqueMésolithiquePériode intermédiaire entre Paléolithique et Néolithique (env. −10 000 à −6 000 en Europe), encore fondée sur la chasse et la cueillette..

L'art des cavernes s'éteint peu à peu, remplacé par des expressions plus modestes. Mais l'héritage magdalénien, Lascaux, Altamira, les harpons et les milliers d'objets gravés, demeure l'un des plus éclatants témoignages du génie de nos ancêtres chasseurs.

À propos de ce documentaire

Ce film, « Aux Origines de l'Art : Le Mystère des Sculptures Magdaléniennes », est proposé par la chaîne World View, Civilisations.5 Il explore la dimension sculptée et gravée du Magdalénien, complément précieux à l'art pariétal plus connu de Lascaux et d'Altamira.