Un tresor microbiologique dans les tombes pharaoniques
Du miel preleve dans des tombes egyptiennes antiques -- certaines vieilles de plus de 3 000 ans -- conserve des proprietes antibacteriennes significatives, revele une etude publiee en aout 2026 dans la revue MicrobiologyOpen.1 Des echantillons issus de vases funeraires hermetiquement scelles ont ete soumis a des tests microbiologiques en laboratoire, avec des resultats remarquables : la grande majorite inhibent la croissance de plusieurs souches bacteriennes pathogenes, dont Staphylococcus aureus et Escherichia coli. Cette etude apporte un eclairage nouveau sur la sophistication de la pharmacopee et des pratiques funeraires egyptiennes.

Le miel est l'une des substances les plus stables de la nature. Sa faible teneur en eau (moins de 20 %), son pH acide, sa forte concentration en sucres osmotiques et la presence de peroxyde d'hydrogene -- produit par l'enzyme glucose oxydase -- en font un milieu quasi impraticable pour les micro-organismes. Des echantillons retrouves dans la tombe de Toutankhamon en 1922 et dans plusieurs hypogees de la Vallee des Rois avaient deja montre qu'il pouvait traverser les millenaires sans se deteriorer. Mais au-dela de la simple preservation physique, la question etait de savoir si les molecules biologiquement actives avaient, elles aussi, survecu.
Methodologie et resultats
L'equipe dirigee par la microbiologiste Dr. Amira Hassan de l'Universite du Caire, en collaboration avec des chercheurs de l'Universite de Copenhague, a preleve des echantillons sur 14 vases funeraires issus de tombes thebaines des XVIIIe et XIXe dynasties (vers 1550-1190 avant notre ere), ainsi que sur deux recipients de la periode ptolemaique (300-30 avant notre ere).1 Les vases provenaient de fouilles menees entre 1998 et 2020 dans la necropole de Deir el-Medineh.

Les tests antibacteriens -- par methode de diffusion sur gelose contre huit souches de reference -- ont revele des zones d'inhibition significatives pour 11 des 14 echantillons dynastiques et pour les deux echantillons ptolemaiques. Les analyses chimiques par chromatographie en phase gazeuse ont confirme la presence de composes phenoliques actifs, notamment le kaempferol et la quercetine, dans tous les echantillons positifs. Ces flavonoides sont connus pour leurs proprietes antimicrobiennes. Le peroxyde d'hydrogene, plus instable, n'etait quantifiable que dans quatre echantillons. La qualite de conservation -- etancheite du vase, absence d'humidite -- s'est revelee plus determinante que l'age seul.
Le miel dans la culture egyptienne : bien plus qu'un aliment
Pour les anciens Egyptiens, le miel occupait une place centrale dans la symbolique religieuse et la pratique medicale. Associe au dieu solaire Ra et a l'idee de renaissance, il etait offert dans les temples et depose dans les tombes pour nourrir le defunt dans l'au-dela. Le Papyrus Ebers (vers 1550 avant notre ere) recense plus de 900 prescriptions, dont plusieurs centaines a base de miel, pour traiter plaies, infections cutanees, affections oculaires et maux de gorge.2

Les preuves textuelles de l'usage du miel comme agent de conservation et de guerison remontent au moins a l'Ancien Empire (vers 2700-2200 avant notre ere). Les Egyptiens ignoraient evidemment l'existence des bacteries, mais leur pharmacopee empirique avait isole le miel comme substance preservatrice et cicatrisante. Certains textes tardifs suggerent que du miel etait enduit directement sur les bandelettes de momification -- une forme intuitive d'antisepsie que la microbiologie moderne permet desormais de valider scientifiquement.
Cette etude s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de la sophistication medicale des civilisations antiques. A l'heure ou la resistance aux antibiotiques constitue l'une des crises sanitaires les plus preoccupantes, la longévite remarquable de l'activite biologique du miel ancien fascine les chercheurs qui travaillent sur des formulations medicales derivees de la ruche, a l'image du miel de Manuka, deja approuve pour des applications cliniques en Nouvelle-Zelande et en Europe.
Sources
1. Hassan A. et al., "Antibacterial activity of ancient Egyptian tomb honey samples spanning 3,000 years", MicrobiologyOpen, aout 2026.
2. Papyrus Ebers, traduction E. Ebbell, Copenhague, 1937.
3. Zumla A., Lulat A., "Honey -- a remedy rediscovered", Journal of the Royal Society of Medicine, 1989.
4. Carter H., The Tomb of Tut.Ankh.Amen, vol. II, Cassell, Londres, 1927.
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