Et si les groupes sanguins avaient joue un role dans la disparition des Neandertals ? Une equipe du CNRS a analyse les systemes de groupes sanguins de plusieurs individus neandertals et denisoviens a partir de leur ADN ancienADN ancienFragments d'ADN conservés dans des restes anciens (os, sédiments) ; leur séquençage permet d'identifier des espèces et de retracer des lignées disparues.→, revele dans PLOS ONE. Leurs conclusions eclairent d'un jour nouveau les rapports entre ces hominines et Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→ -- et les facteurs qui ont pu fragiliser les hybrides issus de leurs croisements.
L'etude, menee par Mathilde Gerard et ses collegues de l'Universite d'Aix-Marseille et du CNRS, a decode sept systemes de groupes sanguins -- ABO, Rh, MNS, Diego, Kell, Duffy et Kidd -- a partir des genomes anciens disponibles de Neandertals (Altai, Chagyrskaya, Vindija) et d'un Denisovien.[1] C'est la premiere cartographie systematique des groupes sanguins de nos cousins disparus.
Des groupes sanguins qui ressemblent aux notres
Les Neandertals presentaient principalement le groupe O -- le plus repandu chez les premiers Homo sapiens egalement. Cette convergence indique que les deux lignees partageaient une ancestralite commune pour certains marqueurs, et que les croisements n'etaient pas inevitablement incompatibles sur le plan ABO. Mais l'analyse des autres systemes nuance ce tableau optimiste.
Dans le systeme Rh et le systeme Diego, les Neandertals portaient des combinaisons d'antigenes rares ou absentes chez les Homo sapiens contemporains. Ces specificites auraient pu provoquer des maladies hemolytiques du nouveau-ne (MHNN) lors des grossesses hybrides : si la mere neandertal portait certains antigenes absents chez son foetus -- ou vice versa -- le systeme immunitaire maternel pouvait attaquer les globules rouges foetaux, avec des consequences potentiellement fatales.
Un facteur parmi d'autres dans l'extinction
Les chercheurs sont prudents : les incompatibilites sanguines ne suffisent pas a expliquer a elles seules la disparition des Neandertals. Mais elles constituent un facteur de pression supplementaire, agissant silencieusement sur la viabilite des descendants hybrides et reduisant la fecondite effective des couples mixtes. Chaque generation d'enfants hybrides sous-viables appauvrissait le pool genetique neandertal.
Ce travail s'inscrit dans une tendance plus large de la paleogenetique : reconstituer non seulement les evenements evolutifs, mais les mecanismes biologiques concrets qui ont determine les rapports entre especes humaines. Les groupes sanguins -- information triviale aujourd'hui -- se revelent etre une fenetre sur des drames evolutifs vieux de 40 000 ans.
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