En 1973, une équipe franco-brésilienne pousse pour la première fois ses fouilles dans un abri sous roche du parc national de la Serra da Capivara, dans l'Etat du Piaui au nord-est du Brésil. Ce qu'elle y découvre va déclencher l'une des controverses les plus vives de la préhistoirePréhistoireEnsemble des périodes de l'histoire humaine antérieures à l'écriture, du Paléolithique à l'âge des métaux, connues principalement par les vestiges matériels.→ mondiale : des charbons datés entre 32 000 et 48 000 ans avant le présent, et des fragments de quartzite qui ressemblent étrangement à des outils taillés. Si ces dates sont exactes, des humains peuplaient l'Amérique du Sud bien avant les porteurs de la culture ClovisClovisCulture paléoindienne d'Amérique du Nord (env. 13 000 ans), reconnaissable à ses pointes de pierre cannelées ; longtemps crue la plus ancienne du continent, elle ne l'est plus.→, longtemps considérés comme les "premiers Américains" arrivés par le détroit de Béring il y a environ 13 000 ans.
\n\nDepuis lors, Pedra Furada divise les archéologues du monde entier. D'un côté, Niède Guidon et son équipe internationale qui défendent des datations allant jusqu'à 60 000 ans. De l'autre, des chercheurs nord-américains comme David Meltzer, James Adovasio et Tom Dillehay, qui rejettent les preuves comme le fruit de processus naturels. Le débat, loin d'être tranché, touche à l'une des questions les plus fondamentales de la préhistoire : quand et comment l'humanité a-t-elle peuplé le dernier grand continent habitable de la planète ?
\n\nUn abri sous roche au coeur d'un paysage de pierre
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Pedra Furada signifie "pierre percée" en portugais, en référence à une arche naturelle de quartzite qui domine le paysage de la caatinga brésilienne. Le terme caatinga est un mot tupi qui désigne un biome sec exclusif au nord-est du Brésil, caractérisé par une végétation arbustive épineuse, des sécheresses intenses et des roches affleurantes de grès et de quartzite aux teintes ocres et rouges. Ce paysage, aride mais d'une beauté spectaculaire, constitue le cadre naturel d'un des plus grands ensembles d'art rupestre des Amériques.
\n\nLe parc national de la Serra da Capivara, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1991, abrite plus de 800 sites archéologiques répartis sur 100 000 hectares. Parois gravées, abris ornés de peintures aux couleurs vives représentant des hommes, des animaux et des scènes de chasse : la Serra da Capivara est l'un des plus grands ensembles d'art rupestre préhistorique de l'hémisphère occidental. Les peintures y sont si nombreuses et si bien conservées qu'elles ont immédiatement attiré l'attention des scientifiques dès les premières expéditions dans la région dans les années 1960 et 1970.
\n\nL'archéologue brésilienne Niède Guidon, formée en France et affiliée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est la cheville ouvrière de ces fouilles depuis les années 1970. Née à São Paulo en 1933, elle a passé l'essentiel de sa carrière à Paris avant de revenir s'installer définitivement dans le Piaui pour diriger les travaux sur place. Elle a constitué une équipe pluridisciplinaire réunissant des chercheurs de toutes nationalités : paléoanthropologues, géologues, spécialistes du carbone 14, zoologues, botanistes. Sous son impulsion, la Fundação Museu do Homem Americano (FUMDHAM) a été créée pour protéger, étudier et valoriser le site.
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L'abri principal de Pedra Furada offre des conditions de conservation exceptionnelles. La paroi rocheuse surplombante protège les dépôts des intempéries, permettant la préservation de charbons de bois, d'ossements et d'outils lithiques sur des dizaines de couches stratigraphiques successives. Guidon a répertorié 15 niveaux distincts, correspondant à trois grandes phases culturelles : la phase Pedra Furada, la plus ancienne et la plus controversée, avec des dates allant jusqu'à 60 000 ans ; la phase Serra Talhada (12 000 à 7 000 ans avant le présent), avec des outils en quartzite bien attestés et universellement acceptés ; et la phase Agreste, contemporaine des peintures pariétales datées de 11 000 à 5 000 ans.
\n\nLa stratigraphieStratigraphieÉtude de la superposition des couches (strates) d'un site archéologique ; chaque couche correspond à une phase d'occupation et fonde une chronologie relative.→ du site est d'une remarquable continuité. Les sédiments se sont accumulés progressivement, couche par couche, au rythme des occupations successives et des apports naturels. Cette continuité est l'un des arguments avancés par Guidon pour défendre l'intégrité archéologique du site : si le charbon des niveaux profonds provenait de feux naturels transportés par le vent, on s'attendrait à des distributions aléatoires et discontinues, pas à des concentrations régulières associées à des structures de combustion circulaires délimitées par des pierres.
\n\nLes peintures rupestres de la Tradition Nordeste
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Même si les fouilles de Guidon ont attiré l'attention mondiale pour leurs datations controversées, Pedra Furada est d'abord un site d'art rupestre exceptionnel. Les peintures qui ornent les parois de l'abri et des centaines d'autres sites du parc représentent l'un des patrimoines culturels les plus riches et les mieux préservés de l'hémisphère occidental.
\n\nCes peintures, regroupées sous le terme de "Tradition Nordeste", datent de 11 000 à 5 000 ans avant le présent. Elles se distinguent des autres traditions rupestres des Amériques par leur caractère narratif : contrairement aux représentations schématiques ou symboliques que l'on trouve ailleurs, les peintures de la Serra da Capivara décrivent des scènes de vie quotidienne avec une précision et une vivacité remarquables. On y voit des chasseurs tendant des pièges, des groupes se livrant à des activités collectives, des scènes de danse et de cérémonie. Les animaux représentés (cerfs, tatous, capucins, serpents, oiseaux) témoignent d'une faune abondante qui peuplait alors cette région aujourd'hui aride.
\n\nLes pigments utilisés sont principalement des ocres rouges et jaunes à base d'oxyde de fer, ainsi que du noir (os brulés) et du blanc (argile). La technique varie selon les périodes : on identifie des traces de doigts pour les figurations les plus simples, mais aussi des pinceaux constitués de poils d'animaux ou de fibres végétales pour les compositions plus élaborées. L'analyse chimique des pigments a montré que les artistes préparaient leurs couleurs sur des palettes en grès concave retrouvées dans les fouilles. Guidon estime que la Tradition Nordeste s'est développée sur environ 6 000 ans, durant lesquels le style a évolué de manière continue, des représentations schématiques vers un raffinement croissant.
\n\nDes datations qui repoussent toutes les limites
\n\nC'est la phase Pedra Furada qui concentre l'essentiel du débat scientifique. Les premières analyses au carbone 14, effectuées en 1985 au Centre des faibles radioactivités du CNRS de Gif-sur-Yvette, donnent des résultats spectaculaires : les charbons des couches les plus profondes indiquent des âges compris entre 32 000 et 48 000 ans. La publication des résultats en 1986 dans la revue Nature[1] par Guidon et Delibrias provoque une stupeur dans la communauté scientifique internationale.
\n\nPour contourner les limitations du radiocarbone standard sur des échantillons aussi anciens, les chercheurs ont appliqué à Pedra Furada une méthode plus récente : le protocole ABOx-SC (acid-base-wet oxidation followed by stepped combustion), mis au point par Andrew Bird en 1999. Cette technique, utilisée avec un accélérateur de spectrométrie de masse (AMS) à l'Université nationale australienne, permet de purifier les échantillons de charbon et d'éviter une partie des contaminations. Appliqué à sept échantillons de foyers distincts, le protocole a confirmé et étendu les dates : 55 000 à 60 000 ans pour les niveaux les plus anciens, soit la limite supérieure de la méthode radiocarbone.
\n\nUn troisième apport vient du site voisin de Toca da Tira Peia, à 17 kilomètres de Pedra Furada. En 2013, une équipe dirigée par Christelle Lahaye de l'Université de Bordeaux y a appliqué la luminescence optiquement stimulée (OSL), une méthode indépendante du carbone 14[2]. L'OSL mesure la durée depuis laquelle des grains de quartz ont été exposés à la lumière pour la dernière fois, permettant de dater directement les sédiments encaissant les artefacts. Les résultats indiquent une occupation à partir de 22 000 ans avant le présent, au coeur du dernier maximum glaciaireDernier Maximum GlaciaireApogée de la dernière glaciation (env. 26 000 à 19 000 ans), aux calottes glaciaires maximales ; il repousse les populations vers des refuges méridionaux.→, une période pendant laquelle la théorie "Clovis First" ne permet pas d'expliquer une présence humaine aussi loin au sud.
\n\nSi l'on accepte les datations les plus anciennes (55 000 à 60 000 ans), les implications sont vertigineuses. Cette période correspond au Paléolithique moyenPaléolithique moyenPériode du Paléolithique (env. 300 000 à 40 000 ans) associée surtout à Néandertal et aux premiers Homo sapiens, marquée par l'outillage Levallois.→ en Europe, lorsque les NéandertaliensNéandertaliensHumanité fossile d'Eurasie, robuste et adaptée au froid, éteinte vers 40 000 ans avant le présent.→ occupaient encore le continent. Des humains anatomiquement modernes auraient donc atteint l'Amérique du Sud avant que leurs cousins africains ne colonisent l'Europe selon la chronologie classique. Cela implique l'existence d'une route de migration radicalement différente, peut-être maritime le long des côtes pacifiques, voire traversant l'océan Atlantique depuis l'AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde.→. Guidon elle-même a évoqué cette dernière hypothèse, ce qui a attiré des critiques virulentes de la part de ses collègues.
\n\nLes arguments des sceptiques : feux naturels et outils de singes
\n\nLa critique la plus classique, formulée dès 1994 par Tom Dillehay, David Meltzer et James Adovasio dans la revue Antiquity[4], porte sur l'origine des charbons. Ces trois archéologues font valoir que des incendies naturels de végétation ont pu déposer du charbon dans l'abri sans aucune intervention humaine. La caatinga brésilienne est sujette à des sécheresses intenses et à des feux spontanés ; des vents chargés de particules carbonées auraient facilement pu transporter des cendres dans les anfractuosités rocheuses sur des dizaines de millénaires. Dans ce scénario, les "foyers" de Pedra Furada ne seraient que des accumulations naturelles de charbons, intégrées dans les sédiments par des processus géologiques banaux.
\n\nLa seconde critique concerne les outils eux-mêmes. Les pièces lithiques de la phase Pedra Furada sont des éclats de quartzite aux bords tranchants mais peu retouchés. Leurs détracteurs y voient des "géofacts" : des fragments produits naturellement par la chute de blocs depuis la falaise qui surplombe le site, brisés sous l'effet de la gravité, du gel ou de l'eau. La paroi rocheuse de Pedra Furada est de quartzite, un matériau qui se fracture naturellement selon des plans de clivage pouvant produire des éclats morfologiquement similaires à des outils taillés.
\n\nJames Adovasio résume lapidairement la position sceptique : "Le matériel de Pedra Furada n'est même pas à la hauteur des standards des capucins." Cette boutade renvoie à une découverte publiée dans Nature en 2016[3] : des capucins à ventre jaune (Sapajus libidinosus) vivant dans le parc de la Serra da Capivara ont été observés en train de fracasser des galets contre des rochers pour en extraire la poussière de quartz qu'ils lèchent. Les éclats ainsi produits sont morphologiquement similaires aux "outils" attribués aux humains dans les couches les plus anciennes de Pedra Furada. Si des singes modernes produisent des éclats indiscernables d'outils préhistoriques, comment distinguer une industrie lithique humaine d'un "atelier" simien ancien ?
\n\nLes sceptiques ajoutent un argument géographique : si des humains étaient présents dans le nord-est du Brésil il y a 48 000 ans, ils auraient dû laisser des traces dans d'autres régions du continent. Or, aucun site archéologique indiscutablement daté de cette période n'a été trouvé ailleurs. L'absence de sites contemporains est difficile à expliquer si l'on admet une présence humaine aussi ancienne.
\n\nLa réponse de Guidon et ses partisans
\n\nNiède Guidon n'a jamais cédé sous la pression. Son argument principal contre la thèse des feux naturels est structurel : les charbons ne se trouvent pas dispersés aléatoirement dans les sédiments, mais concentrés dans des structures circulaires délimitées par des pierres soigneusement disposées. "Le charbon n'est pas le résultat d'un feu naturel. Il se trouve uniquement à l'intérieur des sites. On ne fait pas de feux naturels à l'intérieur des abris", a-t-elle déclaré au Guardian. Elle note également que les charbons présentent des traces de rubéfaction des parois adjacentes, signe d'une chaleur intense et concentrée impossible à obtenir par accumulation de cendres éoliennes.
\n\nLe spécialiste de technologie lithique Eric Boëda, professeur à l'Université Paris Nanterre, a analysé en détail les pièces de la phase Pedra Furada. Ses conclusions sont nettes : certaines pièces présentent des retouches intentionnelles, c'est-à-dire des enlèvements successifs et orientés qui ne peuvent pas résulter d'une fracture mécanique par chute de blocs. Il identifie des pièces à encoche (coches) et des pièces à dos aménagé, deux types d'outils reconnus dans toutes les industries lithiques du PaléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoire (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette.→ dans l'Ancien Monde. Selon Boëda, la variété typologique des pièces dépasse largement ce que peut produire un processus naturel ou simien.
\n\nJacques Pelegrin, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la préhistoire lithique, adopte une position nuancée. Il admet que des processus naturels peuvent produire des éclats ressemblant aux spécimens de Pedra Furada, mais juge l'explication naturelle "très improbable" compte tenu de la cohérence stratigraphique et de la continuité de l'occupation humaine dans les niveaux supérieurs. Il note que l'argument du capucin, pertinent pour les niveaux les plus anciens, ne s'applique pas aux phases Serra Talhada et Agreste, qui ont livré des outils indiscutablement anthropiques associés aux mêmes types de structures de combustion.
\n\nPedra Furada dans le paysage du peuplement des AmériquesPeuplement des AmériquesEnsemble des migrations ayant conduit Homo sapiens à occuper le continent américain, depuis la Béringie ; sa date et ses routes restent débattues.→
\n\nLa controverse de Pedra Furada ne peut être dissociée du grand débat sur le peuplement des Amériques. Pendant des décennies, la théorie "Clovis First" a dominé sans partage la paléoanthropologiePaléoanthropologieScience qui étudie l'évolution humaine à partir des restes fossiles d'hominidés (os, dents, empreintes) et de leur contexte, pour reconstituer nos origines biologiques.→ américaine. Formulée dans les années 1930 après la découverte, à Clovis (Nouveau-Mexique), de pointes de lance bifaciales associées à des restes d'animaux pléistocènes, cette théorie postule que les premiers Américains sont arrivés d'Asie par la BéringieBéringieVaste pont continental émergé entre la Sibérie et l'Alaska durant la dernière glaciation, à l'emplacement de l'actuel détroit de Béring ; steppe froide par laquelle les premiers Américains ont transité.→ et ont colonisé les deux continents en quelques millénaires à travers un couloir libre de glaces s'ouvrant vers 13 500 ans entre les grandes calottes glaciaires d'Amérique du Nord.
\n\nCe modèle a été progressivement battu en brèche par plusieurs découvertes majeures. Le site de Monte Verde, au Chili, excavé par Tom Dillehay lui-même (l'un des critiques de Pedra Furada), a fourni des preuves solides d'une occupation humaine datée à 14 800 ans avant le présent, soit environ 1 300 ans avant que le couloir libre de glaces ne soit praticable. Cette chronologie implique que les ancêtres des premiers habitants du Chili ont suivi une route côtière le long du Pacifique. D'autres sites ont repoussé encore les limites : Meadowcroft Rockshelter en Pennsylvanie (16 000 à 19 000 ans), Buttermilk Creek au Texas, et surtout les empreintes de White Sands au Nouveau-Mexique, datées entre 21 000 et 23 000 ans et publiées dans Science en 2021, ont fait l'effet d'un séisme dans la communauté scientifique.
\n\nLes données génétiques apportent un éclairage complémentaire mais ne tranchent pas définitivement. Les analyses d'ADN ancienADN ancienMatériel génétique conservé dans des vestiges anciens, souvent dégradé, séquencé grâce à des techniques de pointe.→ permettent de remonter la divergence des populations amérindiennes depuis les populations asiatiques à environ 15 000 à 25 000 ans. Cette fourchette est compatible avec White Sands (23 000 ans) et avec Monte Verde (14 800 ans). Mais elle est difficile à concilier avec une présence de 48 000 ans à Pedra Furada, à moins d'invoquer des phénomènes de dérive génétique extrême ou des vagues migratoires multiples dont la dernière aurait effacé les traces génétiques des premières. C'est d'ailleurs la critique la plus sérieuse formulée aujourd'hui contre les revendications les plus anciennes de Guidon : les populations qui auraient peuplé le Brésil il y a 60 000 ans ne semblent pas avoir laissé de descendants génétiques identifiables.
\n\nL'héritage scientifique et les enjeux patrimoniaux
\n\nLa controverse de Pedra Furada n'est pas seulement scientifique. Elle est aussi politique, et les tensions qui l'animent reflètent des clivages entre archéologues nord-américains et sud-américains qui dépassent la seule question des dates. Guidon a elle-même dénoncé ce qu'elle perçoit comme un biais culturel : "Si j'avais trouvé des preuves d'une occupation de 48 000 ans dans une grotte de France ou d'Espagne, personne ne les aurait contestées de la même manière", a-t-elle déclaré dans plusieurs interviews. Elle fait remarquer que la théorie "Clovis First" est née dans la tradition académique nord-américaine, qui a longtemps dominé la paléoanthropologie mondiale, et que tout résultat remettant en cause ce modèle depuis l'Amérique du Sud a systématiquement suscité un scepticisme plus prononcé.
\n\nLa dimension patrimoniale et conservationniste de ses travaux est indissociable de leur dimension scientifique. La FUMDHAM, fondée par Guidon en 1986, a permis de créer le Musée de l'Homme Américain à São Raimundo Nonato, qui accueille des milliers de visiteurs par an et contribue à financer les recherches en cours. Guidon, qui a obtenu la nationalité brésilienne et s'est installée définitivement dans le Piaui, est devenue une figure nationale honorée de nombreux prix, dont le Prix Ford pour la conservation de l'environnement et le Prix Claus des Pays-Bas. En 2005, elle figurait parmi les 1 000 femmes proposées au Prix Nobel de la Paix.
\n\nUn débat qui n'est pas près de se clore
\n\nEn 2026, aucun consensus n'est en vue sur les revendications les plus anciennes de Pedra Furada. La plupart des manuels de préhistoire mentionnent le site comme un cas controversé dont les datations extrêmes ne sont pas acceptées par la majorité des spécialistes. Mais la recherche continue : des équipes brésiliennes et françaises poursuivent les fouilles des niveaux profonds du parc. En 2020, une équipe de l'Université de São Paulo a annoncé la découverte de nouveaux foyers dans un site adjacent, la Toca do Sitio do Meio, avec des datations préliminaires de l'ordre de 25 000 ans, plus prudentes que celles de Guidon mais toujours incompatibles avec le modèle "Clovis First".
\n\nLes outils méthodologiques disponibles se sont considérablement améliorés. Les nouvelles générations de spectromètres de masse permettent des analyses sur des quantités de charbon infinitésimales, réduisant les risques de contamination. Les techniques de microscopie électronique permettent d'analyser les traces d'utilisation sur les pièces lithiques à une résolution sans précédent. La biologie moléculaire ancienne permet d'extraire et de séquencer de l'ADNADNMolécule porteuse de l'information génétique, utilisée pour reconstruire les liens de parenté entre espèces.→ de restes très anciens dans des conditions climatiques qui auraient semblé impossibles il y a une décennie.
\n\nLa Serra da Capivara reste, indépendamment de la controverse sur ses datations, l'un des sites préhistoriques les plus extraordinaires des Amériques. Ses peintures rupestres de la Tradition Nordeste, vieilles de 11 000 ans, constituent un témoignage fascinant de la vie des premiers habitants connus du Nouveau Monde. Elles représentent un patrimoine culturel irremplacable dont la protection est assurée par le statut de parc national et l'inscription à l'Unesco. Que ses niveaux les plus profonds aient été fréquentés par des humains il y a 48 000 ans ou par des capucins bricoleurs ne change rien à l'importance de la question qu'ils posent : depuis combien de temps l'humanité habite-t-elle les Amériques ? La réponse, quelle qu'elle soit, réécrira une partie de l'histoire de notre espèce.
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