À TellTellColline artificielle formée par l'accumulation de couches successives de vestiges d'habitats au même endroit, caractéristique du Proche-Orient. Chaque destruction-reconstruction ajoute une strate. Kom Aziza, dans la province de Beheira au coeur du Delta du Nil, une mission archéologique égyptienne a mis au jour en juin 2026 un cimetière d'une diversité exceptionnelle, qui témoigne de sept siècles de syncrétisme culturel entre les traditions funéraires grecques, romaines et égyptiennes. La fouille révèle une société qui n'a pas choisi entre ses héritages, mais les a superposés, hybridés, réinventés.

Portrait de momie du Fayoum, Egypte romano-gréco, Ier-IIe siècle
Portrait de momieMomieCorps préservé de la décomposition, naturellement (gel, sécheresse, tourbe) ou artificiellement ; les kourganes gelés de Pazyryk ont livré des momies naturelles à la peau tatouée. du Fayoum, epoque romaine — domaine public

Le site couvre une période allant de 332 avant notre ère — la conquête d'Alexandre le Grand — à 395 après J.-C., soit la fin de l'Empire romain d'Occident. Sur cette durée, les morts ont été ensevelis selon des pratiques radicalement différentes : tombes simples creusées dans la terre, sarcophages en briques crues, cercueils en poterie en forme de tonneau, et cercueils en plâtre peint à l'effigie du défunt. Certains corps sont en pose osirienne, bras croisés sur la poitrine ; d'autres sont déposés les mains le long du corps ou croisées sur le ventre, selon des usages locaux ou familiaux qui restent à élucider.

Seth et Nephtys, stèle égyptienne, Louvre
Seth et Nephtys, stele egyptienne — Louvre, CC BY-SA 3.0

La découverte la plus spectaculaire de cette saison est sans conteste celle de squelettes complets de sangliers sauvages (Sus scrofa) en contexte funéraire. Ce type de dépôt est extrêmement rare en Égypte : le sanglier est associé dans la mythologie égyptienne au dieu Seth, le meurtrier d'Osiris, et généralement perçu comme un animal maléfique. Le trouver inhumé — et non simplement chassé ou consommé — dans un cimetière ptolémaïque-romain soulève des questions passionnantes. S'agit-il d'un culte local rendu à Seth, d'un rite de neutralisation symbolique, ou d'une coutume importée par des populations étrangères installées dans le Delta ?

Le Delta du Nil était en effet, à l'époque ptolémaïque et romaine, un creuset de populations. Des Grecs, des Romains, des Juifs, des Phéniciens et des Égyptiens autochtones y coexistaient, commerçaient, se mariaient et, finalement, mourait côte à côte. Le cimetière de Tell Kom Aziza en est la parfaite illustration : les morts n'ont pas tous les mêmes rites, mais ils partagent le même sol.

Delta du Nil vu de l'espace, image satellite Landsat en fausses couleurs
Le Delta du Nil vu de l'espace, image Landsat en fausses couleurs — NASA, domaine public

Les cercueils en poterie en forme de tonneau constituent une autre curiosité du site. Ce type de contenant funéraire, connu dans le monde gréco-romain sous le nom de pithoi, est attesté dans plusieurs régions de la Méditerranée orientale, mais reste très rare en Égypte. Leur présence à Tell Kom Aziza suggère des liens avec les pratiques funéraires de la Grèce insulaire ou de la côte levantine. Les fouilles se poursuivront lors des prochaines campagnes, avec l'espoir d'identifier les individus inhumés grâce à l'ADN ancienADN ancienFragments d'ADN conservés dans des restes anciens (os, sédiments) ; leur séquençage permet d'identifier des espèces et de retracer des lignées disparues. et à l'analyse des isotopes stablesIsotopes stablesFormes non radioactives d'un élément (carbone, azote, oxygène) dont les proportions dans os et dents renseignent sur l'alimentation, la mobilité et l'origine géographique d'un individu..