En février 2007, sur un chantier archéologique de la banlieue de Mantoue (Lombardie, Italie), une archéologue nommée Elena Menotti et son équipe mirent au jour quelque chose d'extraordinaire : deux squelettes humains enlacés face a face, les bras et les jambes emmêlés dans une derniere étreinte. Ce couple reposait ainsi depuis pres de 6 000 ans. La presse du monde entier s'empara de l'image. Les "Amants de Valdaro" étaient nés dans l'imaginaire collectif.1

Le site de Valdaro, dans la commune de San Giorgio Bigarello, fait partie du bassin archéologique de Mantoue, une zone riche en vestiges du [[NéolithiqueNéolithique« Âge de la pierre nouvelle » : période marquée par l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la céramique, à partir d'env. −10 000.]] et du ChalcolithiqueChalcolithique« Âge du cuivre » : période de transition entre Néolithique et âge du bronze, marquée par les premiers objets en cuivre (époque d'Ötzi).. Les deux individus -- l'analyse ostéologique les désigne comme un jeune homme et une jeune femme, tous deux ages d'environ 20 a 25 ans -- gisaient dans une fosse peu profonde, sans mobilier funéraire notable. Leurs corps s'étaient décomposés dans la position originelle de leur inhumation : face a face, le regard l'un vers l'autre.

Les Amants de Valdaro, squelettes néolithiques enlacés, Mantoue, Italie
Les squelettes des Amants de Valdaro tels qu'ils furent découverts en 2007 pres de Mantoue. Ce couple néolithique reposait enlacé face a face depuis environ 6 000 ans. (Photo : domaine public)

La datation par radiocarbone a situé leur mort entre 5 000 et 5 500 ans avant notre ere -- un écart qui correspond au Néolithique final ou au Chalcolithique, période de transition entre les sociétés paysannes et les premieres cultures du cuivre. A cette époque, la plaine du Po était densément peuplée de communautés agricoles qui enterraient leurs morts selon des rituels variés : inhumation individuelle, inhumation collective, dépôts en fosse ou en ciste de pierre.

Mais une sépultureSépultureDépôt intentionnel d'un défunt, parfois accompagné d'offrandes ; indice de comportements symboliques. en couple, aussi intimement posée, reste rarissime dans le registre archéologique européen. Le catalogue des sépultures doubles connu pour cette période compte tres peu d'exemples ou les corps sont intentionnellement placés en contact direct. Les chercheurs se sont donc rapidement interrogés : que s'est-il passé a Valdaro ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées. La mort simultanée des deux individus pourrait indiquer un accident, une épidémie, ou un acte de violence. Mais l'absence de traces traumatiques sur les os -- pas de fractures, pas de blessures de flèches ou d'armes -- écarte les causes violentes évidentes. L'hypothèse la plus retenue aujourd'hui est celle d'une mort par maladie ou malnutrition, les deux individus ayant été enterrés ensemble par une communauté qui souhaitait les réunir dans la mort comme ils l'avaient été dans la vie.2

L'analyse du squelette masculin a révélé une légère déformation de la colonne vertébrale, et les deux individus présentaient des signes d'anémie. Ces indices suggèrent une santé fragile, peut-etre liée aux conditions alimentaires d'une communauté agricole naissante. Les céréales domestiquées apportaient des glucides mais pouvaient manquer de certains acides aminés essentiels.

Depuis leur découverte, les Amants de Valdaro ont été transportés intacts -- dans leur bloc de terre -- jusqu'au Musée archéologique national de Mantoue, ou ils sont présentés au public. Le déplacement d'un tel ensemble osseux sans le détacher était techniquement périlleux ; les archéologues ont opté pour l'extraction en bloc afin de préserver les relations spatiales exactes entre les deux squelettes.

Au-dela du symbole romantique, les Amants de Valdaro nous rappellent que les pratiques funéraires préhistoriques reflétaient des liens affectifs et sociaux aussi complexes que les nôtres. Que ce geste ait été dicté par l'amour, par le respect, par la croyance en une vie aprés la mort ou par une convention culturelle que nous ne connaissons pas, il témoigne d'une communauté humaine qui se souciait de ses morts et leur accordait une existence dans l'au-dela.