Entre 2600 et 1900 avant notre ere, une civilisation d'une sophistication remarquable s'épanouit dans le bassin de l'Indus, sur le territoire de l'actuel Pakistan et du nord-ouest de l'Inde. La civilisation de l'IndusCivilisation de l'IndusGrande civilisation urbaine de l'âge du bronze (~2600-1900 av. J.-C.) sur l'actuel Pakistan et le nord-ouest de l'Inde : villes planifiées (Harappa, Mohenjo-daro), briques standardisées, écriture non déchiffrée, absence de palais monumentaux.→ -- également appelée civilisation harappéenne, du nom de son premier site majeur identifié -- rivalise en étendue et en complexité avec la Mésopotamie et l'Égypte antique. Pourtant, elle reste en partie une énigme : son écritureÉcritureSystème de signes conventionnels servant à fixer durablement la langue ou l'information ; son apparition (vers 3300 av. J.-C.) marque, par convention, la fin de la préhistoire.→ n'a jamais été déchiffrée, et ses structures politiques et religieuses demeurent obscures.1
Villes, urbanismeUrbanismeOrganisation planifiée de l'espace urbain (rues, quartiers, réseaux d'eau et d'égouts, édifices publics) ; la civilisation de l'Indus en offre un exemple précoce et remarquable.→ et ingénierie
La civilisation de l'Indus se distingue avant tout par ses villes. Mohenjo-daroMohenjo-daroL'une des plus grandes villes de la civilisation de l'Indus (Sind, Pakistan), célèbre pour sa Grande Baignoire et son urbanisme en damier ; site du patrimoine mondial.→ (Sind, Pakistan) et HarappaHarappaCité majeure de la civilisation de l'Indus, dans le Pendjab pakistanais, premier site fouillé qui a donné son nom à la culture harappéenne.→ (Punjab, Pakistan) sont les deux métropoles les mieux connues, mais on recense aujourd'hui plus de 1 000 sites harappéens, dont certains couvrent plusieurs dizaines d'hectares. A leur apogée, ces cités abritaient peut-etre 40 000 a 80 000 habitants.
L'urbanisme harappéenHarappéenRelatif à la civilisation de l'Indus, du nom de son premier site fouillé, Harappa (Pendjab pakistanais) ; désigne la culture matérielle, l'écriture et les habitants de cette civilisation.→ révèle une planification collective remarquable : les rues s'organisent en quadrillage orthogonal, les maisons en briques cuites sont construites selon des proportions standardisées (1:2:4 pour hauteur:largeur:longueur), et chaque demeure est raccordée a un réseau d'égouts souterrains -- le premier système d'assainissement urbain au monde. La Citadelle de Mohenjo-daro comporte un Grand Bain public de 12 x 7 metres, peut-etre a vocation rituelle.2
Une écriture indéchiffrée
La civilisation de l'Indus a développé un système d'écriture d'environ 400 a 600 signes, présents principalement sur de petits sceaux en stéatite. Ces sceaux montrent des animaux réels ou mythiques -- licorne, taureau, buffle, rhinocéros, éléphant -- accompagnés d'inscriptions breves. Malgré plus d'un siècle de tentatives, aucun chercheur n'est parvenu a déchiffrer cette écriture, faute de texte bilingue comparable a la Pierre de Rosette.
Le débat sur la nature de cette écriture reste vif : certains la considèrent comme un système logographique complet (capable de noter une langue), d'autres soutiennent qu'il s'agit simplement d'un système de marquage symbolique non linguistique. La question ne sera peut-etre résolue que par la découverte d'un texte plus long ou d'un document bilingue.
Réseaux commerciaux et artisanat
Les Harappéens commerçaient intensément avec la Mésopotamie, l'Asie centrale et le Golfe persique. Des sceaux harappéens ont été retrouvés a Ur et a Lagash ; des perles en cornaline et en lapislazuli d'origine indusienne apparaissent dans les tombes royales sumériennes. En retour, les villes de l'Indus importaient des métaux, du bois et des textiles.
L'artisanat harappéen est d'une qualité exceptionnelle. La "Danseuse" de Mohenjo-daro -- une statuette en bronze de 10 cm représentant une jeune femme en équilibre sur une jambe, parée de bracelets -- reste l'un des chefs-d'oeuvre de l'art préhistorique mondial. Les poids en pierre basaltique, parfaitement calibrés selon un système de mesures standardisé, témoignent d'un commerce réglementé et d'une administration économique développée.3
Un effondrement mystérieux
Vers 1900 avant notre ere, la civilisation harappéenne entre en déclin. Les grandes villes sont abandonnées progressivement, la population se disperse vers l'est et le sud, et la sophistication urbaine s'efface. Les causes de cet effondrement restent débattues : sécheresse prolongée liée a une modification des moussons, modifications des cours fluviaux, épidémies, ou pression de populations extérieures ?
La théorie de l'invasion aryenne -- longtemps avancée pour expliquer cet effondrement -- n'est plus soutenue par les données archéologiques actuelles. Les analyses génétiques montrent certes des migrationsMigrationsDéplacements de populations sur de longues distances ; moteur majeur de l'histoire humaine (sortie d'Afrique, peuplement des continents, diffusions néolithiques et steppiques).→ de populations depuis la steppeSteppeVaste plaine herbeuse semi-aride d'Eurasie, sans arbres, propice à l'élevage nomade et au cheval ; corridor de circulation des peuples et des techniques de la préhistoire récente.→ pontique vers le sous-continent indien vers 2000-1500 av. J.-C., mais cette arrivée est postérieure et n'explique pas a elle seule le déclin harappéen. Le consensus actuel penche pour un ensemble de facteurs climatiques et écologiques.
La civilisation de l'Indus reste l'une des grandes civilisations "silencieuses" de l'Antiquité -- silencieuse parce que son écriture nous échappe encore. Mais les fouilles continuent, notamment sur les sites de Rakhigarhi (Haryana, Inde) et de Dholavira (Gujarat, Inde), et chaque décennie apporte son lot de découvertes qui éclairent un peu plus cette énigme majeure de l'histoire humaine.
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