En 1936, l'égyptologue britannique Walter Bryan Emery fouillait a Saqqara la tombe S3111, une mastabaMastabaTombe égyptienne ancienne à toit plat et flancs inclinés, ancêtre architectural de la pyramide.→ de la Ire dynastie attribuée a un certain Sabu, lorsqu'il y decouvrit un objet pour lequel il n'avait aucun precedent dans toute l'archéologie égyptienne. Taille dans un seul bloc de schiste gris, l'objet presente une forme trilobé : trois lobes arrondis irradient depuis un moyeu central creux, suggérant vaguement une roue a trois ailettes ou un propulseur. Il mesure 61 centimètres de diamètre pour seulement 10,6 cm d'épaisseur, et ses bords sont si minces qu'ils semblent presque translucides. Depuis sa découverte, le "disque de Sabu" est reste l'un des grands énigmes de l'Égypte antique.
L'objet est aujourd'hui conserve au Musée égyptien du Caire (salle 43). Sa datation n'est pas contestée : le contexte archéologique de la tombe S3111 le place sans ambiguïté dans la Ire dynastie égyptienne, vers 3100-3000 av. J.-C., soit a l'aube de la civilisation pharaonique. C'est précisément cette antiquité extraordinaire qui rend l'objet si difficile a interpréter : les égyptologues ne disposent d'aucun texte contemporain qui pourrait en expliquer la fonction.
Les interprétations principales
La thèse la plus largement acceptée par les égyptologues professionnels est que le disque de Sabu est un récipient ou une vasque : un bol destine a contenir de l'huile, de la graisse ou du vin de palme, avec les trois lobes servant de prises pour saisir et verser le contenu. Des parallèles formels ont été identifies avec des vases en pierre a bec verseur retrouves en Mesopotamie contemporaine, ce qui pourrait indiquer des contacts ou des inspirations culturelles entre les deux civilisations naissantes.
Certains chercheurs ont propose d'y voir une palette a fard, analogue aux palettes en schiste (souvent zoomorphes) qui constituent une classe bien documentée d'objets de la période predynastique et de la Ire dynastie. La forme trilobé aurait dans ce cas une valeur symbolique liée a certaines représentations cosmogoniques de l'époque.
Une troisième interprétation, proposée par des ingénieurs et des historiens des techniques, y voit la représentation d'un équipement hydraulique : un bol ou un plateau tournant sur un moyeu, utilise dans les techniques de poterie ou de travail du cuivre. Des expérimentations pratiques ont montre qu'un tel objet, meme en schiste, pourrait fonctionner comme une plaque tournante légère pour des travaux de finition céramique.
Les théories non conventionnelles
Comme souvent avec les objets égyptiens aux formes inhabituelles, le disque de Sabu a attire l'attention de théoriciens non-conventionnels qui y voient la preuve d'une technologie avancée perdue. Certains ont propose d'y voir une roue, une hélice ou meme une pièce de machinerie électrique. Ces interprétations, diffusées notamment par des sites internet et des documentaires pseudo-scientifiques, ne résistent pas a un examen rigoureux : le schiste est un matériau fragile et non conducteur qui ne pourrait pas fonctionner comme une roue soumise a des charges, et aucun contexte archéologique ne soutient l'existence de machines tournantes en Égypte predynastique.
L'égyptologue Kate Spence a souligne que la mastaba de Sabu contenait un mobilier funéraire relativement standard pour un fonctionnaire de haut rang de la Ire dynastie : vases en alabatre, silexSilexRoche siliceuse dure et cassante, débitée par les préhistoriques pour produire lames, pointes et outils tranchants.→ tailles, figurines en ivoire. Le disque pourrait avoir été inclus dans le mobilier funéraire non pas en raison de son importance fonctionnelle, mais pour des raisons symboliques liées au statut du défunt ou a des croyances spécifiques concernant l'au-delà de la première période dynastique.
La technique de taille, un mystère en soi
Indépendamment de sa fonction, le disque de Sabu pose la question fascinante des techniques de taille de la pierre au début de la période dynastique égyptienne. Obtenir cette forme trilobé parfaitement symétrique dans un matériau aussi dur et cassant que le schiste, avec l'épaisseur minimale des bords, implique un savoir-faire technique considérable.
Des analyses expérimentales utilisant des outils en cuivre (le métal disponible a l'époque), du sable abrasif et des techniques de percussion ont montre que la forme générale pouvait être obtenue par un artisan patient et experimentes en plusieurs dizaines d'heures de travail. La question du calibrage final de l'épaisseur reste cependant problématique et pourrait indiquer l'utilisation d'un tour ou d'un gabarit rotatif encore non identifie dans le registre archéologique.
Le disque de Sabu reste un objet unique en son genre, sans parallèle confirme dans tout le corpus de l'art et de la culture matérielle égyptienne. Cette singularité en fait l'un des objets les plus fascinants et les moins bien compris de la civilisation du Nil, preuve que meme après 150 ans d'égyptologie scientifique, les hommes et les femmes de la première période dynastique ont encore des secrets a nous révéler.
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