Sur le flanc occidental du mont Carmel, là où la montagne plonge vers la plaine côtière israélienne, une étroite cavité ouverte dans le calcaire a livré, dès les années 1930, l'un des ensembles de restes humains les plus discutés de toute la préhistoirePréhistoireEnsemble des périodes de l'histoire humaine antérieures à l'écriture, du Paléolithique à l'âge des métaux, connues principalement par les vestiges matériels.. La grotte d'Es-Skhul, dont le nom arabe signifie approximativement « la grotte des chevreaux », a rendu les ossements d'une dizaine d'individus déposés voici quelque 120 000 ans. Ces hommes et ces femmes ressemblent, pour l'essentiel, à des Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens. ; mais leur anatomie conserve des traits robustes, archaïques, qui ont nourri pendant près d'un siècle une question vertigineuse : et si certains d'entre eux portaient, dans leurs os comme peut-être dans leur sang, la marque d'un croisement entre notre lignée et celle des Néandertaliens ? Es-Skhul est ainsi devenu, dans l'imaginaire savant, le candidat récurrent au titre de « plus ancien hybride » entre deux humanités1.

L'enjeu dépasse de loin la curiosité anatomique. Reconnaître chez ces fossiles la trace d'une hybridationHybridationCroisement entre deux espèces ou lignées distinctes, comme Homo sapiens et Néandertal, laissant une trace dans le génome. ancienne, c'est admettre que la rencontre entre Homo sapiens et les autres formes humaines ne fut pas un épisode tardif et marginal, survenu à la faveur de la grande expansion hors d'AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde. voici 50 000 ans, mais un processus récurrent, étalé sur des dizaines de millénaires, dont le Levant fut l'un des théâtres les plus précoces. C'est aussi interroger la notion même d'espèce : si deux populations que l'on classe volontiers comme distinctes ont pu se croiser et engendrer une descendance, où passe la frontière entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis ? Es-Skhul, par sa mosaïque déconcertante de caractères, oblige à reformuler ces questions sans jamais offrir de réponse définitive.

Crâne de Skhul 5, l'un des Homo sapiens archaïques du mont Carmel
Le crâne de Skhul 5, l'un des spécimens les mieux conservés de la grotte d'Es-Skhul : voûte haute et arrondie de type moderne, mais arcades sourcilières encore marquées., Source : José-Manuel Benito Álvarez, domaine public (Wikimedia Commons)

Le mont Carmel, carrefour de l'humanité

Le mont Carmel n'est pas une montagne quelconque. Ce promontoire calcaire, long d'une vingtaine de kilomètres, sépare la plaine côtière de la Méditerranée des collines intérieures de la Galilée et de la vallée de Jezréel. Sa position en fait un point de passage obligé sur le grand corridor levantin, cette mince bande de terres habitables coincée entre la mer à l'ouest et les déserts syro-arabiques à l'est. Quiconque, au cours du PléistocènePléistocèneÉpoque géologique des grandes glaciations (env. −2,6 Ma à −11 700), couvrant l'essentiel de la préhistoire humaine., se déplaçait entre l'Afrique et l'Eurasie devait emprunter ce couloir. Le Levant fut ainsi, des centaines de millénaires durant, un sas, un entonnoir où se sont succédé et parfois croisées des populations venues du sud et du nord1.

Cette situation géographique explique la densité exceptionnelle des sites paléolithiques que recèlent les versants du Carmel et les collines voisines. Les grottes de Tabun, d'Es-Skhul, d'El-Wad et de Kebara, alignées le long du Nahal Me'arot, la « vallée des grottes », forment l'une des séquences stratigraphiques les plus complètes de l'Ancien Monde, couvrant plusieurs centaines de milliers d'années d'occupation humaine continue ou récurrente. À quelques dizaines de kilomètres au nord-est, la grotte de Qafzeh, près de Nazareth, complète ce tableau. Ensemble, ces sites documentent la coexistence, dans une même région et sur une longue durée, de populations néandertaliennes et de populations anatomiquement modernes ou proches de l'être1.

Le climatClimatConditions atmosphériques moyennes d'une région sur le long terme ; ses variations (glaciations, aridifications) ont orienté migrations, agriculture et effondrements de sociétés préhistoriques. du Levant pléistocène n'était pas figé. Aux phases tempérées et humides, qui faisaient remonter vers le nord les faunes et les flores méditerranéennes, succédaient des épisodes plus froids et secs, qui ouvraient au contraire la voie à des éléments steppiques venus du nord. Ces oscillations climatiques ont rythmé les allées et venues des populations humaines. On a longtemps proposé un modèle d'alternance : les Néandertaliens, adaptés au froid, auraient occupé la région lors des phases glaciaires, tandis que les sapiens, venus d'Afrique, y auraient prospéré lors des phases tempérées. La réalité, on le verra, s'est révélée plus enchevêtrée, les datations brouillant cette belle symétrie. Mais l'idée d'un Levant comme zone de contact, de relais et de brassage est restée le fil conducteur de toute l'interprétation des fossiles du Carmel.

Il faut insister sur ce point : nulle part ailleurs au monde, pour une période aussi ancienne, la proximité de deux lignées humaines n'est aussi clairement attestée. Le Levant n'est pas seulement le lieu où l'on a trouvé des sapiens précoces ; c'est le lieu où on les a trouvés aux côtés, ou presque, des Néandertaliens, dans des grottes parfois distantes de quelques kilomètres et parfois superposées dans une même cavité. C'est cette cohabitation, attestée par la pierre et par l'os, qui confère aux ossements d'Es-Skhul leur charge théorique si particulière. Aucun autre carrefour préhistorique ne réunit aussi étroitement les conditions d'une rencontre : une géographie de passage obligé, un climat oscillant qui pousse et tire les populations, et une accumulation de grottes qui a fixé dans la pierre la mémoire de ces va-et-vient. C'est pourquoi le Carmel a fini par fonctionner, dans la pensée des préhistoriens, comme un véritable laboratoire naturel de la question des origines, où chaque nouvelle datation et chaque réexamen anatomique vient nourrir un débat plus que centenaire.

Histoire des fouilles : Garrod, McCown et Keith

La découverte d'Es-Skhul s'inscrit dans l'une des grandes campagnes archéologiques de l'entre-deux-guerres. En 1929, la préhistorienne britannique Dorothy Garrod, l'une des figures majeures de l'archéologie de son temps et future première femme professeure à l'université de Cambridge, entreprit l'exploration systématique des grottes du Nahal Me'arot, dans le cadre d'un projet conjoint de l'American School of Prehistoric Research et de la British School of Archaeology de Jérusalem. Les fouilles s'étendirent jusqu'en 1934 et mobilisèrent, fait remarquable pour l'époque, une main-d'œuvre largement féminine recrutée dans les villages voisins1.

La grotte d'Es-Skhul proprement dite fut fouillée à partir de 1931, principalement sous la direction de Theodore McCown, jeune préhistorien américain associé à l'entreprise. Le petit abri livra rapidement une moisson exceptionnelle : les restes d'au moins dix individus, hommes, femmes et enfants, dont plusieurs squelettes en connexion anatomique suggérant des dépôts intentionnels. Ces fossiles reçurent les désignations de Skhul I à Skhul X. Parmi eux, le spécimen Skhul V, un crâne masculin remarquablement complet associé à une mandibule, allait devenir l'icône du site et l'un des fossiles humains les plus reproduits du XXe siècle.

L'étude anatomique des restes fut confiée à Sir Arthur Keith, anatomiste écossais de grande réputation, qui s'associa McCown pour la publication. Leur monographie commune, parue en 1939 sous le titre The Stone Age of Mount Carmel, fit longtemps autorité. Keith et McCown furent immédiatement frappés par le caractère composite des fossiles. Les restes de Tabun, fouillés dans la grotte voisine, présentaient des traits nettement néandertaliens ; ceux d'Es-Skhul, en revanche, paraissaient bien plus modernes, tout en conservant des éléments robustes. Les deux savants firent un choix interprétatif audacieux : ils traitèrent l'ensemble des fossiles du Carmel, Tabun et Skhul confondus, comme une seule population variable, qu'ils décrivirent comme un type intermédiaire, transitionnel entre Néandertal et l'homme moderne. C'était, en germe, l'hypothèse d'une population hybride ou en cours de transformation1.

Cette lecture unitaire ne survécut pas aux progrès ultérieurs. On comprit que Tabun et Skhul appartenaient à des moments distincts et représentaient des populations différentes : la première proche des Néandertaliens, la seconde des humains modernes. Mais l'intuition de McCown et Keith, celle d'une mosaïque de caractères, d'une zone de chevauchement morphologique entre les deux humanités, n'a jamais cessé de hanter l'interprétation du site. Elle a même retrouvé, depuis l'avènement de la paléogénétiquePaléogénétiqueÉtude de l'ADN ancien extrait de restes (os, dents, sédiments, parois) pour reconstituer le passé des populations., une vigueur que ses auteurs n'auraient pu imaginer.

Skhul et Qafzeh, des sapiens archaïques

Pour comprendre la place d'Es-Skhul dans l'histoire humaine, il faut le rapprocher de son site jumeau, la grotte de Qafzeh. Les deux ensembles fossiles, distants de quelques dizaines de kilomètres et chronologiquement proches, sont aujourd'hui généralement réunis sous l'étiquette commune de population « de Skhul-Qafzeh ». Ils représentent, dans la pensée des paléoanthropologues, l'une des plus anciennes attestations d'Homo sapiens hors d'Afrique, une expansion précoce, antérieure de très loin à la grande sortie d'Afrique qui peuplera l'Eurasie après 50 000 ans3.

Crâne de Qafzeh, sapiens archaïque du Levant proche de la population de Skhul
Moulage d'un crâne de Qafzeh, site jumeau d'Es-Skhul près de Nazareth : la population de Skhul-Qafzeh figure parmi les plus anciens Homo sapiens connus hors d'Afrique., Source : Ryan Somma, CC BY-SA 2.0 (Wikimedia Commons)

Qu'entend-on par sapiens archaïqueArchaïqueSe dit d'une population ou d'une forme humaine ancienne et aujourd'hui disparue (Néandertal, Denisova, lignées fantômes), par opposition aux humains anatomiquement modernes. ? L'expression désigne des populations dont l'anatomie globale relève déjà du plan d'organisation moderne, face réduite et rétractée sous le crâne, voûte crânienne haute et arrondie, menton naissant, membres graciles, mais qui conservent un certain nombre de traits robustes hérités d'ancêtres plus anciens. Chez les fossiles de Skhul-Qafzeh, cette robustesse se lit dans des arcades sourcilières encore proéminentes, une face large, des os épais, une musculature puissante. On est loin de la gracilité des sapiens du Paléolithique supérieurPaléolithique supérieurDernière phase du Paléolithique (env. 45 000 à 10 000 ans), marquée par Homo sapiens en Europe, l'art, les parures et une succession de cultures (Aurignacien, Gravettien, Solutréen, Magdalénien). européen. Mais on est tout aussi loin de la morphologie néandertalienne typique, avec son crâne allongé, sa face avancée et son occiput renflé.

Cette population pose un problème de chronologie aussi fascinant que difficile. Les datations situent Skhul et Qafzeh autour de 90 000 à 120 000 ans. Or les Néandertaliens « classiques » du Levant, comme ceux de Kebara ou d'Amud, sont souvent plus récents, entre 60 000 et 50 000 ans. Autrement dit, dans cette région, les sapiens archaïques ont pu précéder localement les Néandertaliens les mieux caractérisés, au lieu de leur succéder. Cette inversion apparente a ruiné le modèle simple d'une transition linéaire de Néandertal vers l'homme moderne et imposé l'idée de populations qui se relaient, se croisent et disparaissent au gré des fluctuations climatiques, sans filiation directe évidente sur place1.

Un autre fait mérite l'attention : la population de Skhul-Qafzeh ne semble pas avoir d'descendance directe identifiée. Ces premiers sapiens du Levant paraissent constituer une expansion précoce qui a fait long feu, un rameau qui s'est éteint ou s'est retiré sans laisser de postérité génétique massive chez les humains actuels. Les analyses de l'ADN des Eurasiens modernes pointent en effet vers une sortie d'Afrique plus tardive comme source principale du peuplement du globe. Skhul-Qafzeh serait alors le témoin d'une tentative avortée, d'un essai de colonisation eurasiatique qui n'a pas abouti, mais dont les ossements conservent la mémoire et, peut-être, la trace d'une rencontre avec d'autres humains.

La mosaïque anatomique de l'enfant réexaminé

C'est sur l'un des spécimens les plus jeunes de la collection que s'est cristallisé, à l'époque récente, le débat sur l'hybridation. Le fossile désigné Skhul I est celui d'un enfant, dont le crâne et la mandibule ont fait l'objet, dans les années 2000 et 2010, de réexamens approfondis à l'aide des techniques modernes d'imagerie tridimensionnelle et de morphométrie géométrique. Ces analyses, en mesurant et en comparant la forme des os avec une précision inaccessible à McCown et Keith, ont relancé la question d'une manière nouvelle1.

Le constat des chercheurs est celui d'une véritable mosaïque. Sur certains caractères, l'enfant de Skhul se range du côté des Homo sapiens : la forme générale de la voûte crânienne, la morphologie d'une partie de la face, certaines proportions. Sur d'autres, en revanche, il présente des traits qui évoquent les Néandertaliens : la conformation de la mandibule, l'organisation de l'oreille interne reconstituée par scanner, certains détails de la base du crâne. Cette combinaison, moderne ici, archaïque là, ne se réduit pas aisément à la simple variabilité d'une population homogène. Elle a conduit certains auteurs à proposer que cet enfant pourrait représenter le produit d'un métissage entre les deux lignées, ou du moins porter l'écho lointain d'un tel croisement dans son ascendance.

Le réexamen de l'oreille interne, en particulier, a retenu l'attention. Le labyrinthe osseux, qui abrite l'organe de l'équilibre, présente chez les Néandertaliens une configuration caractéristique, distincte de celle des humains modernes, et considérée comme un marqueur assez fiable de l'affinité lignagère parce qu'elle dépend peu des conditions de vie individuelles. Or l'examen scanographique de certains restes du Carmel a révélé, chez des individus par ailleurs modernes, des configurations labyrinthiques aux résonances néandertaliennes. De tels signaux, s'ils étaient confirmés et généralisés, plaideraient pour une part d'ascendance néandertalienne dans cette population1.

Il faut toutefois manier ces conclusions avec prudence. La morphométrie géométrique mesure des formes ; elle ne lit pas directement les généalogies. Un trait « néandertalien » sur un crâne moderne peut signaler un croisement, mais il peut aussi traduire la conservation d'un état plésiomorphePlésiomorpheSe dit d'un caractère anatomique ancestral (primitif), hérité d'un ancêtre commun, par opposition aux traits dérivés récents., c'est-à-dire d'un caractère ancestral hérité d'un ancêtre commun aux deux lignées et que les sapiens archaïques n'avaient pas encore perdu. Distinguer l'héritage d'un croisement récent de la simple persistance d'un trait ancien est l'un des problèmes méthodologiques les plus redoutables de la paléoanthropologiePaléoanthropologieScience qui étudie l'évolution humaine à partir des restes fossiles d'hominidés (os, dents, empreintes) et de leur contexte, pour reconstituer nos origines biologiques.. La mosaïque de Skhul est réelle ; son interprétation, elle, demeure ouverte.

L'hypothèse de l'hybridation et ses critiques

L'idée que les fossiles d'Es-Skhul témoignent d'un croisement entre sapiens et Néandertal possède une longue histoire, qui remonte, on l'a vu, à l'interprétation « transitionnelle » de McCown et Keith. Elle a connu plusieurs résurgences. Dans sa version forte, elle voit dans la population de Skhul-Qafzeh une population déjà métissée, fruit d'un brassage entre des sapiens venus d'Afrique et des Néandertaliens présents au Levant ou dans les régions voisines. La robustesse de ces fossiles, leur mosaïque de caractères, certains signaux de l'oreille interne ou de la mandibule, seraient autant d'indices de cette ascendance composite1.

Cette hypothèse séduisante se heurte à de solides objections. La première est d'ordre méthodologique : comme on vient de le souligner, un trait robuste ou « archaïque » ne prouve pas un croisement. Les premiers Homo sapiens africains, ceux du Maroc, d'Éthiopie ou d'Afrique du Sud, étaient eux-mêmes plus robustes que les humains actuels. Les sapiens de Skhul-Qafzeh peuvent simplement conserver l'anatomie robuste de leurs ancêtres africains, sans qu'aucun apport néandertalien soit nécessaire pour l'expliquer. La parcimonie commande de ne pas invoquer un métissage là où la simple persistance de traits ancestraux suffit.

La deuxième objection est chronologique. Pour qu'il y ait eu croisement, encore faut-il que les deux populations se soient effectivement rencontrées au bon moment et au bon endroit. Or, dans le Levant, les sapiens de Skhul-Qafzeh semblent par endroits antérieurs aux Néandertaliens les mieux datés de la région. Si les sapiens sont arrivés avant que les Néandertaliens classiques ne s'installent localement, l'occasion d'un métissage sur place se réduit. Les partisans de l'hybridation rétorquent que les contacts ont pu se produire ailleurs, plus au nord, ou à d'autres moments, et que les populations étaient mobiles. Le débat reste donc tributaire de la finesse des datations, toujours discutées.

La troisième objection est venue, paradoxalement, de la génétique elle-même, paradoxalement, car la génétique a par ailleurs prouvé l'existence d'un métissage sapiens-Néandertal. Mais le métissage attesté par l'ADN des Eurasiens actuels remonte plutôt à 50 000-60 000 ans, soit bien après Skhul-Qafzeh, et concerne la lignée issue de la grande sortie d'Afrique, dont Skhul-Qafzeh ne descend pas directement. Autrement dit, le métissage que l'on sait réel n'est pas, en première approche, celui qu'incarneraient les fossiles du Carmel. L'hybridation d'Es-Skhul, si elle a existé, serait un épisode distinct, plus ancien, et pour l'heure invérifiable par l'ADN, faute de génome exploitable extrait de ces ossements vieux et conservés sous un climat chaud, peu favorable à la préservation de l'ADN ancienADN ancienFragments d'ADN conservés dans des restes anciens (os, sédiments) ; leur séquençageSéquençageLecture de l'ordre des bases (A, T, G, C) d'une molécule d'ADN ; le séquençage à haut débit lit des millions de fragments en parallèle. permet d'identifier des espèces et de retracer des lignées disparues..

Au terme de ce débat, la position majoritaire des spécialistes est nuancée. La plupart considèrent aujourd'hui Skhul-Qafzeh comme une population de sapiens archaïques, robustes mais authentiquement modernes, sans qu'un métissage néandertalien soit nécessaire pour rendre compte de leur anatomie. L'hypothèse de l'hybridation n'est pas réfutée, elle demeure possible, et même plausible compte tenu de ce que la génétique a révélé sur la fréquence des croisements, mais elle n'est pas démontrée pour ces fossiles précis. Es-Skhul reste le « plus ancien hybride » potentiel davantage qu'avéré : un soupçon fécond plutôt qu'une certitude.

La datation : thermoluminescence et résonance paramagnétique

Toute l'argumentation sur Es-Skhul repose sur la chronologie, et celle-ci a longtemps fait défaut. Les ossements et les couches qui les contiennent sont trop anciens pour le radiocarboneRadiocarbone (carbone 14)Méthode de datation fondée sur la décroissance du carbone 14, applicable jusqu'à environ 50 000 ans., dont la portée ne dépasse guère 50 000 ans. Il a fallu attendre le développement de méthodes physiques nouvelles, dans les années 1980 et 1990, pour assigner des âges fiables aux fossiles du Carmel et résoudre, au moins partiellement, l'énigme de leur position chronologique1.

La première de ces méthodes est la thermoluminescence, ou TL. Lorsqu'un silex a été chauffé au feu, par exemple lors de la taille ou parce qu'il traînait dans un foyer, il voit son « horloge » remise à zéro : l'énergie accumulée dans son réseau cristallin par la radioactivité ambiante est libérée sous forme de lumière. À partir de cet instant, l'énergie recommence à s'accumuler. En chauffant l'échantillon en laboratoire et en mesurant la lumière émise, on évalue la dose de radioactivité reçue depuis la dernière chauffe, et donc le temps écoulé. Appliquée aux silex brûlés des grottes du Carmel, la thermoluminescence a fourni des âges qui, contre toute attente initiale, plaçaient les sapiens de Skhul-Qafzeh très haut dans le temps, autour de 100 000 à 120 000 ans.

La seconde méthode est la résonance de spin électronique, ou ESR (de l'anglais electron spin resonance), parfois appelée résonance paramagnétique électronique. Elle s'applique notamment à l'émail des dents. Sous l'effet de la radioactivité naturelle, des électrons se trouvent piégés dans des défauts du cristal d'émail ; leur nombre croît avec le temps. La spectrométrie ESR mesure cette population d'électrons piégés et permet, là encore, de remonter à l'âge de l'échantillon. Les dents d'animaux associées aux fossiles humains du Carmel ont ainsi été datées, recoupant les résultats de la thermoluminescence et confortant l'ancienneté de Skhul-Qafzeh1.

La convergence de ces deux méthodes indépendantes a constitué un tournant. Elle a établi, avec une assurance raisonnable, que les sapiens archaïques du Levant étaient présents voici plus de cent millénaires, à une époque où l'on croyait l'Eurasie peuplée des seuls Néandertaliens et de leurs prédécesseurs. C'est cette ancienneté, plus que toute autre donnée, qui a fait d'Es-Skhul un site charnière. Sans elle, le débat sur l'hybridation perdrait sa portée : c'est parce que ces sapiens sont si anciens et si proches des Néandertaliens dans le temps et l'espace que la question de leur croisement se pose avec autant d'acuité. Les marges d'incertitude de ces datations restent toutefois importantes, de l'ordre de plusieurs milliers d'années, et alimentent les discussions sur l'antériorité respective des sapiens et des Néandertaliens dans la région.

Le contexte funéraire : sépultures, ocre et parures

Les ossements d'Es-Skhul ne sont pas de simples restes épars. Plusieurs d'entre eux ont été retrouvés en connexion anatomique, dans des positions qui suggèrent fortement des dépôts intentionnels, autrement dit, des sépulturesSépultureDépôt intentionnel d'un défunt, parfois accompagné d'offrandes ; indice de comportements symboliques.. Ce constat ajoute une dimension décisive à l'intérêt du site : non seulement Es-Skhul livre des sapiens archaïques très anciens, mais il témoigne aussi de comportements symboliques précoces, d'un rapport élaboré à la mort et peut-être à l'au-delà1.

Vue depuis l'intérieur de la grotte d'Es-Skhul vers le paysage du mont Carmel
Vue depuis l'intérieur de la grotte d'Es-Skhul, sur le flanc du mont Carmel : un abri modeste qui a livré des sépultures parmi les plus anciennes connues., Source : Hanay, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Le cas le plus célèbre est celui de Skhul V, dont le squelette aurait été associé à une mandibule de sanglier, déposée comme une possible offrande funéraire. Si cette interprétation est exacte, on tiendrait là l'une des plus anciennes attestations d'un dépôt intentionnel d'objet auprès d'un défunt, un geste qui suppose une pensée du symbole, une volonté d'accompagner le mort. À Qafzeh, le site jumeau, des sépultures comparables ont été mises au jour, dont celle d'un double dépôt d'une femme et d'un enfant, et celle d'un jeune individu sur la poitrine duquel reposaient des bois de cerf. Ces gestes funéraires, parmi les plus anciens documentés pour Homo sapiens, dessinent une humanité déjà pleinement habitée par le sens du rite.

À ces sépultures s'ajoutent des indices de pensée symbolique encore plus parlants. Des coquillages marins perforés du genre Nassarius ont été recueillis à Es-Skhul, à plusieurs kilomètres de la côte de l'époque. Leur perforation, leur transport délibéré loin du rivage et les traces d'usure laissées par un fil indiquent qu'il s'agissait de parures, des perles enfilées en collier ou cousues sur un vêtement. Ces coquillages comptent parmi les plus anciens objets de parure connus de l'humanité, comparables à ceux retrouvés en Afrique du Nord et en Afrique du Sud pour des périodes voisines. Ils attestent l'existence, voici plus de cent millénaires, d'un comportement esthétique et symbolique : se parer, signaler son appartenance, jouer du paraître1.

L'usage de l'ocre, ce pigment rouge ou jaune tiré d'oxydes de fer, complète ce tableau. À Qafzeh comme dans d'autres sites contemporains, des morceaux d'ocre portant des traces de raclage ou de chauffe ont été retrouvés, parfois en association avec les sépultures. L'ocre rouge, qui évoque le sang et la vie, a pu jouer un rôle dans les rites funéraires, dans la décoration corporelle ou dans des pratiques que nous ne pouvons que deviner. Quoi qu'il en soit, l'ensemble, sépultures, parures de coquillage, ocre, fait des populations de Skhul-Qafzeh des humains au comportement déjà résolument moderne sur le plan cognitif et symbolique, bien avant la « révolution » du Paléolithique supérieur européen. Sur le plan technique, leur industrie lithique relève du MoustérienMoustérienIndustrie lithique caractéristique de Néandertal, fondée sur la technique Levallois de débitage des éclats., la même tradition que celle des Néandertaliens du Levant, preuve que la frontière entre les deux humanités ne passait pas par la culture matérielle, mais ailleurs.

La chronologie longue des métissages

Pour situer correctement le débat sur Es-Skhul, il faut le replacer dans le grand récit qu'a écrit, depuis le début des années 2010, la paléogénétique. Le séquençage du génome néandertalien, puis celui des DénisoviensDénisovienPopulation humaine éteinte, cousine des Néandertaliens, identifiée en 2010 par l'ADN de restes de la grotte de Denisova (Sibérie)., a bouleversé notre vision des relations entre les humanités du Pléistocène. Loin d'avoir vécu dans des isolements étanches, ces lignées se sont croisées à plusieurs reprises, laissant dans nos génomes des traces persistantes3.

Le fait le mieux établi est le suivant : tous les humains actuels dont l'ascendance n'est pas exclusivement subsaharienne portent environ 1 à 2 % d'ADN néandertalien. Cet héritage provient d'un ou plusieurs épisodes de croisement survenus voici quelque 50 000 à 60 000 ans, vraisemblablement au Proche-OrientProche-OrientRégion d'Asie occidentale (Levant, Mésopotamie, Anatolie, Iran), berceau de la révolution néolithique, de l'agriculture, des premières villes et de l'écriture., lorsque les sapiens issus de la grande sortie d'Afrique ont rencontré des Néandertaliens sur leur route vers l'Eurasie. Ce métissage, modeste en proportion mais universel chez les non-Africains, suffit à prouver que les deux populations étaient interfécondes, qu'elles pouvaient engendrer ensemble une descendance viable et fertile2.

Mais le tableau s'est encore complexifié. On a découvert que certaines populations néandertaliennes portaient, elles aussi, de l'ADN de sapiens, signe de croisements plus anciens, en sens inverse, un véritable « flux retour ». L'analyse du génome d'un Néandertal de l'Altaï a ainsi révélé un apport de sapiens remontant à une période bien plus reculée, peut-être autour de 100 000 ans ou davantage. Ce flux retour ancien implique que des sapiens avaient quitté l'Afrique et croisé des Néandertaliens bien avant la grande expansion de 50 000 ans. Et de tels sapiens précoces, sortis tôt d'Afrique, ne sont autres, potentiellement, que les populations du type de Skhul-Qafzeh3.

C'est ici que les fossiles du Carmel reprennent toute leur importance. Si la génétique démontre qu'un flux de gènes sapiens vers les Néandertaliens a existé voici environ 100 000 ans, alors les sapiens archaïques du Levant, présents précisément à cette époque, deviennent des candidats sérieux au rôle de partenaires de ce croisement ancien. Skhul-Qafzeh ne serait plus seulement une expansion avortée sans postérité : ce serait l'une des populations par lesquelles des gènes de sapiens sont entrés, très anciennement, dans le patrimoine néandertalien. La mosaïque anatomique d'Es-Skhul, dans cette perspective, cesse d'être une simple curiosité pour devenir le visage possible d'un métissage que l'ADN a détecté sans pouvoir, jusqu'ici, lui attribuer un fossile précis.

Le récit des métissages compte d'autres chapitres encore. Les Dénisoviens, cousins orientaux des Néandertaliens, ont légué jusqu'à 4 à 6 % de leur ADN à certaines populations d'Océanie et d'Asie du Sud-Est. Néandertaliens et Dénisoviens se sont eux-mêmes croisés, comme l'a prouvé la découverte d'un individu de première génération, fille d'une mère néandertalienne et d'un père dénisovien, dans la grotte de Denisova. L'image qui se dégage de toute la paléogénétique récente est celle d'une humanité buissonnante, faite de lignées multiples qui ne cessaient de se rencontrer et de mêler leurs gènes. Le métissage n'est pas l'exception mais la règle du Pléistocène tardif. Es-Skhul, dans ce paysage, apparaît comme l'un des plus anciens jalons possibles de cette longue histoire d'échanges.

Incompatibilités : facteur Rhésus et limites de la fertilité

Si les croisements entre sapiens et Néandertaliens ont bien eu lieu, ils n'ont pas pour autant été biologiquement anodins. La génétique des populations laisse penser que cette interfécondité s'accompagnait de frictions, de barrières partielles à la reproduction qui, sans l'interdire, l'ont rendue moins productive qu'entre membres d'une même population. Plusieurs indices convergent vers cette idée d'une fertilité réduite des hybrides2.

Le premier indice tient à la répartition de l'ADN néandertalien dans nos génomes. Cet héritage est inégalement distribué : certaines régions du génome humain en sont presque totalement dépourvues, comme si la sélection naturelle avait éliminé les variantes néandertaliennes qui s'y trouvaient. C'est particulièrement net pour le chromosome X et pour les gènes impliqués dans la fertilité masculine. Ce schéma rappelle ce que les biologistes observent chez les hybrides de nombreuses espèces animales : les mâles hybrides sont souvent moins fertiles, voire stériles, conformément à une règle générale de la biologie de la spéciation. Les fils issus de couples sapiens-Néandertal ont pu connaître des difficultés de reproduction, ce qui aurait limité la transmission de l'ascendance néandertalienne par cette voie.

Le second indice, plus spéculatif, concerne les groupes sanguins et le facteur RhésusFacteur RhésusSystème de groupe sanguin ; une incompatibilité Rhésus entre une mère et son fœtus peut provoquer une maladie hémolytique du nouveau-né.. Ce système, du nom du singe rhésus chez qui il fut découvert, distingue les individus selon la présence ou l'absence d'un antigène à la surface des globules rouges. Une incompatibilité entre une mère de Rhésus négatif et un fœtus de Rhésus positif peut déclencher, lors de grossesses successives, une réaction immunitaire de la mère contre le sang de l'enfant, provoquant la maladie hémolytique du nouveau-né, parfois mortelle avant l'avènement de la médecine moderne. L'analyse des génomes anciens a montré que Néandertaliens, Dénisoviens et sapiens présentaient des configurations différentes de ces systèmes sanguins. Des couples mixtes auraient donc pu connaître un risque accru d'incompatibilité materno-fœtale, autre frein possible à la réussite reproductive des unions interlignées2.

Ces incompatibilités ne furent jamais totales : la preuve en est que nous portons tous, hors d'Afrique, un peu de Néandertal en nous. Mais elles éclairent pourquoi cet héritage est resté modeste, de l'ordre de quelques pour cent, alors même que les deux populations ont coexisté durant des millénaires. Entre l'interfécondité parfaite et la stérilité complète, sapiens et Néandertaliens occupaient une position intermédiaire, celle de deux populations engagées dans un processus de séparation, encore capables de se croiser mais déjà éloignées au point que leurs hybrides payaient un certain prix biologique. Cette situation, du reste, est exactement celle que l'on attend de deux lignées prises au milieu du gué de la spéciation.

Ce que cela change pour la définition de l'espèce

Le dossier d'Es-Skhul, et plus largement celui des métissages du Pléistocène, oblige à reconsidérer une notion que l'on croyait stable : celle d'espèce. Selon la définition biologique la plus classique, celle d'Ernst Mayr, une espèce est un ensemble de populations naturelles effectivement ou potentiellement interfécondes, et isolées sur le plan reproductif d'autres ensembles semblables. Or, à l'aune de ce critère, Homo sapiens et Homo neanderthalensis ne seraient pas deux espèces distinctes, puisqu'ils se sont croisés et ont laissé une descendance fertile dans nos génomes2.

Faut-il alors abandonner le nom d'Homo neanderthalensis et faire des Néandertaliens une simple sous-espèce de la nôtre, Homo sapiens neanderthalensis ? Certains chercheurs le proposent. D'autres objectent que l'interfécondité n'est pas un critère tout ou rien : entre des populations qui se croisent librement et des espèces totalement isolées, il existe un continuum de barrières partielles. Le concept d'espèce, élaboré pour des organismes vivants observés sur de courtes durées, se révèle mal armé pour saisir des lignées fossiles qui se séparent, se recroisent et se mêlent sur des centaines de millénaires. La réalité biologique est faite de gradients, de frontières poreuses, de populations en cours de divergence ; la nomenclature, elle, exige des cases nettes. De là un malaise persistant, que les fossiles mosaïques comme ceux d'Es-Skhul ne font qu'aviver.

Une notion s'est imposée pour penser cette situation : celle de métapopulation, ou de réseau de populations connectées. Plutôt que de voir l'humanité du Pléistocène comme un arbre aux branches nettement séparées, on la conçoit désormais comme un buisson, voire comme un réseau de ruisseaux qui se divisent et se rejoignent, un « delta » plutôt qu'un arbre généalogique. Les différentes formes humaines, sapiens, Néandertaliens, Dénisoviens et d'autres encore non identifiées, seraient les branches d'un même fleuve, séparées assez longtemps pour diverger anatomiquement et génétiquement, mais jamais assez complètement pour perdre toute capacité de se rejoindre. Dans ce modèle, demander si Es-Skhul est « sapiens » ou « hybride » revient peut-être à poser une mauvaise question : ces fossiles appartiennent à un monde où les catégories que nous projetons n'avaient pas encore de réalité tranchée.

Cette révision conceptuelle a une portée qui déborde la paléoanthropologie. Elle nous invite à penser notre propre espèce non comme une essence pure, surgie intacte d'un berceau africain, mais comme le produit d'une histoire de rencontres, de mélanges et d'emprunts. Une part de ce que nous sommes, quelques pour cent de notre génome, des gènes liés à l'immunité, à la pigmentation, à l'adaptation à l'altitude, nous vient d'humanités disparues que nos ancêtres ont aimées assez pour faire des enfants avec elles. Es-Skhul, par son ancienneté et son anatomie ambiguë, est l'un des plus anciens témoins matériels possibles de cette vérité dérangeante et belle : nous sommes, en partie, les héritiers d'autres humanités.

Conclusion

Près d'un siècle après les fouilles de Dorothy Garrod et de Theodore McCown, la grotte d'Es-Skhul n'a pas livré tous ses secrets. Les sapiens archaïques qui y reposent demeurent énigmatiques : trop modernes pour être des Néandertaliens, trop robustes pour se confondre avec les humains actuels, ils incarnent une mosaïque anatomique que ni la simple variabilité ni le métissage n'expliquent à eux seuls de façon décisive. L'hypothèse de l'hybridation, formulée dès l'origine sous une autre forme par McCown et Keith, n'a jamais été réfutée ; elle n'a pas non plus été démontrée pour ces fossiles précis, faute d'ADN exploitable1.

Ce que la science a établi, en revanche, est que le métissage entre sapiens et Néandertaliens fut réel, récurrent, et bien plus ancien qu'on ne le croyait. Le flux retour de gènes sapiens vers les Néandertaliens, détecté autour de cent millénaires, désigne une fenêtre temporelle où les populations du type de Skhul-Qafzeh se trouvaient justement présentes au Levant. Sans pouvoir l'affirmer, on peut donc tenir Es-Skhul pour l'un des plus anciens visages possibles de ces rencontres, un candidat sérieux, sinon prouvé, au titre symbolique de « plus ancien hybride »3.

Au-delà du cas particulier, Es-Skhul nous enseigne la prudence et l'humilité. Prudence devant des fossiles que l'on a tour à tour rangés dans toutes les cases, transitionnels pour les uns, modernes pour les autres, hybrides pour d'autres encore. Humilité devant la complexité du réel, qui se moque de nos classifications et fait du buisson humain un entrelacs de branches qui se touchent. Si ces ossements vieux de cent vingt millénaires ont une leçon à nous transmettre, c'est sans doute celle-ci : l'humanité n'a jamais été une lignée pure et solitaire, mais une histoire de carrefours, dont le mont Carmel fut, voici très longtemps, l'un des plus précoces et des plus émouvants. Les générations futures de chercheurs, armées de techniques d'extraction de l'ADN toujours plus sensibles et de méthodes de datation plus fines, trancheront peut-être ce que nous ne pouvons aujourd'hui qu'entrevoir. En attendant, la grotte des chevreaux continue de monter la garde sur le flanc de la montagne, gardienne discrète d'un secret qui touche au plus intime de notre propre identité d'espèce.