Dans les steppes semi-arides de l'ouest de l'Azerbaidjan, a quelques dizaines de kilometres de la frontiere armenienne, une equipe d'archeologues dirigee par Vagif Asadov, de l'Institut d'archeologie et d'anthropologie de l'Academie nationale des sciences d'Azerbaidjan, vient de mettre au jour une tombe remarquable datant d'environ 3 600 ans. Dissimule sous quatre-vingts centimetres de pierres, le kourganeKourganeTertre funéraire des steppes eurasiennes, fait de terre et de pierres recouvrant une chambre de bois où reposent un défunt de haut rang et son mobilier.→ n°4 de la vallee de Sariyokhush, dans la reserve historique et culturelle de Keshikchidagh, district d'Agstafa, renfermait le squelette d'un guerrier de l'age du Bronze moyen accompagne d'un arsenal soigneusement dispose.
Un tumulusTumulusTertre de terre ou de pierres recouvrant une ou plusieurs sépultures ; coiffait souvent la chambre d'un dolmen au Néolithique.→ discret pour un personnage d'exception
Le tumulus mesurait environ 12 metres de diametre pour une chambre funeraire creusee a 1 a 1,2 metre de profondeur. Sa modestie exterieure contrastait avec la richesse de son contenu. Le guerrier reposait aux cotes de plusieurs objets qui temoignent de son statut : une masse en diorite pesant entre 400 et 500 grammes, percee d'un trou central destine a recevoir un manche -- arme de prestige autant que de combat -- un poignard en bronze dont la lame etroite porte les marques caracteristiques de la metallurgie du Bronze moyen caucasien, deux pointes de fleche en obsidienne d'un noir brillant, et neuf pointes en silex rouge fonce.
Des vases en ceramique completaient le depot funeraire, probablement destines a contenir des offrandes alimentaires pour le voyage dans l'au-dela. L'ensemble evoque un guerrier de haut rang, peut-etre un chef de clan ou un commandant militaire, inhumee selon les rites propres aux societes agro-pastorales du Caucase meridional au Bronze moyen.
Des armes qui parlent des reseaux d'echange
La coexistence dans une meme tombe de pointes en obsidienne et en silex est particulierement revelatrice. L'obsidienne ne se trouve pas a l'etat naturel dans la plaine d'Agstafa : elle provient tres probablement des affleurements volcaniques d'Armenie centrale ou de la region de Gedelma, en Azerbaidjan du Nord. Sa presence implique des reseaux d'echange actifs a l'echelle du Caucase.
La masse en diorite, roche egalement absente des gisements locaux, renforce l'hypothese de circuits commerciaux etendus. Vagif Asadov evoque la possibilite que la geochimie de l'obsidienne -- les sources peuvent etre identifiees par leur composition isotopique -- permette de retracer avec precision les routes commerciales empruntees par les habitants de la vallee de Sariyokhush il y a plus de trois millenaires.
Une datation a confirmer
La chronologie proposee -- vers 1700-1600 av. J.-C. -- repose pour l'instant sur une analyse typologique des artefacts, notamment la forme du poignard et le style des pointes de fleche, coherents avec les productions du Bronze moyen caucasien. Des datations radiocarbones sont en cours dans trois laboratoires, au Japon, en Turquie et aux Etats-Unis, afin de preciser la fourchette chronologique et de mieux inserer cette decouverte dans le contexte regional.
La region de Keshikchidagh est connue pour ses monuments funeraires de l'age du Bronze, mais les kourganes y sont rarement fouilles de maniere systematique. Cette decouverte s'inscrit dans un effort plus large de documentation du patrimoine archeologique azerbaidjanais, alors que les travaux de construction et l'erosion naturelle menacent de nombreux sites. L'analyse des restes osseux du guerrier, si elle s'avere possible, pourrait en outre livrer des informations sur son alimentation, ses deplacements et ses liens genetiques avec d'autres populations du Caucase de l'age du Bronze.
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