Une équipe de chercheurs internationaux rattachés à l'Université hébraïque de Jérusalem a annoncé une avancée majeure dans le déchiffrementDéchiffrementReconstitution du sens et de la valeur des signes d'une écriture inconnue, souvent à partir de textes bilingues, de noms propres répétés ou de régularités statistiques.→ de l'une des écritures les plus mystérieuses des manuscrits de la mer Morte. Le système graphique connu dans la littérature savante sous le nom de "Cryptique B" ou "Script Cryptique C", présent sur un petit nombre de fragments de rouleaux retrouvés à Qumrân et sur d'autres sites du désert de Judée, résistait à l'interprétation depuis la publication initiale des manuscrits dans les années 1950 et 19601. Les nouvelles analyses computationnelles suggèrent que ce système d'écritureÉcritureSystème de signes conventionnels servant à fixer durablement la langue ou l'information ; son apparition (vers 3300 av. J.-C.) marque, par convention, la fin de la préhistoire.→ est un chiffre intentionnel et sophistiqué, fondé sur une version modifiée de l'alphabet phénicien consonantique.
Les manuscrits de la mer Morte, un trésor textuel du judaïsme ancien
Les manuscrits de la mer Morte constituent l'une des découvertes archéologiques les plus célèbres du XXe siècle. Environ 900 manuscrits, mis au jour entre 1947 et 1956 dans les grottes de la région de Qumrân, sur la rive nord-ouest de la mer Morte, datent principalement des IIIe siècle avant notre ère au Ier siècle de notre ère. Ils comprennent les plus anciennes copies connues de presque tous les livres de la Bible hébraïque, ainsi que de nombreux textes sectaires associés à la communauté essénienne qui vivait à Qumrân. La grande majorité des rouleaux est rédigée en hébreu ou en araméen dans l'écriture carrée hébraïque standard de la période du Second Temple, mais quelques-uns utilisent des systèmes d'écriture alternatifs ou chiffrés.

Les spécialistes ont identifié plusieurs systèmes d'écriture cryptiques distincts dans les rouleaux de Qumrân, désignés Cryptique A, Cryptique B et d'autres variantes. Le Cryptique A avait été partiellement déchiffré dans les années 1990 et s'est révélé encoder du texte hébreu standard, suggérant son usage comme chiffre délibéré pour restreindre l'accès à certains textes. Le Cryptique B s'était avéré beaucoup plus résistant à l'analyse : il consiste en un inventaire limité de signes qui ne correspondent pas directement à un alphabet antique connu, et la langue sous-jacente des textes était restée obscure2.
Une analyse computationnelle révèle un chiffre sophistiqué
La nouvelle recherche a appliqué des méthodes computationnelles incluant l'analyse de patrons, les statistiques de distribution de fréquence et la comparaison matricielle avec des corpus d'alphabets antiques connus. Les résultats, après plusieurs itérations de l'algorithme d'analyse, suggèrent que le Cryptique B est une forme modifiée de l'alphabet phénicien consonantique dans laquelle les formes des lettres ont été systématiquement altérées et leur ordre réarrangé. Il ne s'agit pas d'un alphabet nouveau, mais d'un chiffre de substitution fondé sur l'alphabet phénicien, dans lequel chaque signe cryptique correspond à une lettre phénicienne spécifique selon une table de correspondance cohérente.

Si cette interprétation se confirme, le Cryptique B serait l'un des plus anciens systèmes de chiffrement intentionnel connus dans le monde antique, précédant les chiffres de substitution décrits par les sources grecques et romaines de plusieurs siècles. La sophistication du système, qui implique non seulement une modification des formes de lettres mais aussi un réarrangement de leur ordre dans l'alphabet, témoigne d'une réflexion cryptographique élaborée de la part de ses créateurs3.
Des textes liturgiques et calendaires sectaires
Les textes rédigés en Cryptique B, une fois partiellement déchiffrés, s'avèrent être principalement de nature liturgique ou calendaire. Ils traitent d'observances rituelles, de dates de fêtes et de devoirs sacerdotaux dans une terminologie cohérente avec la théologie essénienne telle qu'elle est connue par d'autres textes de Qumrân. L'utilisation d'un chiffre délibéré pour des textes de ce type est cohérente avec la préoccupation connue de la communauté essénienne pour le secret et sa division en cercles internes et externes de membres initiés.

Les esséniens, groupe sectaire juif du Second Temple, accordaient une importance capitale à la pureté rituelle, à la stricte observance du calendrier liturgique et à la séparation entre les membres initiés et le monde extérieur. Plusieurs textes non cryptiques de Qumrân mentionnent des règles d'initiation progressive, par degrés, dans la communauté, avec des niveaux croissants d'accès aux textes sacrés et aux rites secrets. L'existence du Cryptique B comme système d'encodage des textes liturgiques les plus sensibles s'inscrit parfaitement dans cette logique sectaire.
La recherche a encore du chemin à faire avant qu'une traduction complète et fiable des textes en Cryptique B puisse être proposée. Les correspondances alphabétiques identifiées par les algorithmes restent à valider par une approche philologique traditionnelle, en testant si les textes déchiffrés produisent des séquences lexicales et grammaticales cohérentes en hébreu ou en araméen. Les chercheurs impliqués dans l'étude prévoient de soumettre leurs résultats à une revue spécialisée à comité de lecture dans les prochains mois pour une évaluation par les pairs de la communauté des études sur les manuscrits de la mer Morte.
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