Au cœur des vastes plaines de l'Alentejo, non loin de Reguengos de Monsaraz, un site exceptionnel continue de livrer les secrets d'une civilisation vieille de plus de cinq millénaires. Invisible depuis les routes voisines, le complexe archéologique des Perdigões est pourtant considéré comme l'un des ensembles préhistoriques les plus importants de la péninsule Ibérique. Une nouvelle campagne de fouilles débute le 1er juillet 2026 — la vingt-neuvième saison consécutive.

Un monument de 16 hectares, structuré sur 14 siècles

Classé Monument national depuis 2019, le site couvre près de 16 hectares et a été occupé de façon quasi ininterrompue entre 3400 et 2000 avant notre ère, soit quatorze siècles d'histoire néolithiqueNéolithique« Âge de la pierre nouvelle » : période marquée par l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la céramique, à partir d'env. −10 000. et chalcolithiqueChalcolithique« Âge du cuivre » : période de transition entre Néolithique et âge du bronze, marquée par les premiers objets en cuivre (époque d'Ötzi).. Sa caractéristique la plus frappante est son plan concentrique : pas moins de 16 fossés successifs ont été identifiés à ce jour, formant des enceintes emboîtées dont la logique organisationnelle reste en partie énigmatique.

Cromeleque dos Almendres, Alentejo — mégalithes alignés dans le paysage
Cromeleque dos Almendres (Alentejo) — l'un des ensembles mégalithiques les plus remarquables de la région. © Imehling, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Le complexe a été aménagé dans un vaste amphithéâtre naturel ouvert vers l'est, face au paysage mégalithique du Vale do Álamo. Ce choix d'implantation n'est pas fortuit. Plusieurs des accès principaux sont alignés sur le lever ou le coucher du soleil lors des équinoxes et des solstices, faisant de l'horizon dominé par les hauteurs de Monsaraz un immense calendrier astronomique. Les chercheurs y voient la preuve d'une dimension cosmologique pleinement intégrée à l'architecture du site dès sa conception.

Un centre cérémoniel à l'échelle de l'Europe occidentale

Contrairement à un village fortifié classique, les Perdigões semblent avoir fonctionné avant tout comme un immense centre cérémoniel. Les fouilles ont mis au jour des contextes funéraires collectifs, des dépôts secondaires d'ossements humains et plusieurs indices attestant de pratiques rituelles élaborées autour des défunts — inhumations, manipulations d'ossements, crémations.

Dolmen Anta da Vidigueira, Alentejo, Portugal
Anta da Vidigueira (Alentejo) — dolmenDolmenStructure mégalithique funéraire formée d'une ou plusieurs dalles de couverture posées sur des montants verticaux, souvent surmontée d'un tumulus de terre. Du breton dol (table) et men (pierre). du Néolithique portugais, contemporain des premières phases de Perdigões. © Sqjacobi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Au centre du complexe se trouve l'une de ses découvertes les plus remarquables : une structure circulaire d'environ 20 mètres de diamètre, constituée de rangées concentriques de poteaux et de grands troncs de bois. Unique dans la péninsule Ibérique, ce timber circle rappelle davantage les grands sanctuaires préhistoriques des îles Britanniques — Woodhenge, Seahenge — que tout autre monument connu en Espagne ou au Portugal.

Les analyses des restes humains et animaux révèlent une autre dimension capitale : une proportion importante des individus inhumés n'était pas originaire de la région. Ils venaient de territoires parfois très éloignés. Ce constat, combiné à la présence d'objets exotiques — ivoire d'AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde. du Nord, ambre de Sicile, cinabre des mines d'Almadén, silex de la région de Grenade, pierres d'Estrémadure —, confirme que les Perdigões constituaient un lieu de rassemblement interrégional où se croisaient cérémonies, échanges et rencontres entre communautés.

Réseaux d'échange à l'échelle méditerranéenne

La diversité des matières premières retrouvées sur le site dessine une carte de connexions vertigineuse pour l'époque. L'ivoire provenait d'éléphants d'Afrique du Nord, dont la présence dans la péninsule Ibérique est bien documentée pour cette période. L'ambre venait de Sicile. Le cinabre — sulfure de mercure rouge utilisé pour les peintures corporelles rituelles — était extrait des mines d'Almadén, à plus de 300 km. Ces circulations témoignent d'un réseau d'échanges dont la complexité dépasse largement ce que l'on imaginait pour des sociétés préhistoriques de l'Atlantique.

Site archéologique de Porto Torrão, enceinte à fossés de l'Alentejo
Site de Porto Torrão (Ferreira do Alentejo) — autre grand complexe à fossés chalcolithique de l'Alentejo, comparable aux Perdigões. © Ajpvalente, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons

29 ans de fouilles, des mystères encore entiers

La campagne 2026, coordonnée par ERA Arqueologia avec le soutien d'Esporão et de la municipalité de Reguengos de Monsaraz, réunit des étudiants et chercheurs des universités de Porto, Lisbonne, Évora, Algarve, Madrid et Oxford. Les travaux se concentreront sur les dépôts liés aux crémations et sur la zone d'accès au timber circle.

Près de trois décennies de recherches ininterrompues ont produit d'importantes publications scientifiques, mais les spécialistes s'accordent : les Perdigões sont loin d'avoir livré tous leurs secrets. La structure complète des enceintes, les modalités exactes des rassemblements, la durée et la saisonnalité de l'occupation — autant de questions que chaque campagne affine sans les épuiser. Le site de Reguengos de Monsaraz s'est imposé comme une référence internationale pour l'étude du Néolithique et du Chalcolithique atlantique.

Les visiteurs peuvent prolonger leur découverte à la Torre da Herdade do Esporão, où une exposition permanente présente les principales trouvailles des fouilles.

Sources :