Longtemps, on a imaginé que les premiers Européens avaient rapidement troqué leur peau sombre africaine contre une peau claire, adaptée au faible ensoleillement du Nord. Une vaste étude de l’université de Ferrara, publiée en 2025, dynamite ce récit : en analysant l’ADN de 348 individus ayant vécu entre −45 000 et −1 700, elle montre que la peau foncée est restée majoritaire en Europe jusqu’à une époque étonnamment récente.

Une peau foncée dominante durant tout le PaléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoire (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette.

Analyse archéogénétique de la pigmentation en Europe
Analyse archéogénétique de la pigmentation humaine en Europe — CC BY-SA 4.0, Hanel & Carlberg

Durant le Paléolithique, entre −45 000 et −13 000, la quasi-totalité des Européens échantillonnés portaient les variantes génétiques d’une pigmentation sombre de la peau, des yeux et des cheveux. Ces chasseurs-cueilleursChasseurs-cueilleursMode de vie fondé sur la chasse, la pêche et la collecte de ressources sauvages, sans agriculture ni élevage ; il a dominé presque toute l'histoire humaine., arrivés d’AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde. puis installés en Europe glaciaire, n’avaient pas encore la peau claire que l’on associe aujourd’hui au continent. Les premières teintes claires n’apparaissent que vers −14 000.

Un éclaircissement tardif et par à-coups

Répartition mondiale de l’allèle clair du gène SLC24A5
Répartition mondiale de l’allèle clair du gène SLC24A5 — CC BY 2.5, Basu Mallick et al.

Loin d’une marche régulière vers la clarté, l’étude décrit une mosaïque : au NéolithiqueNéolithique« Âge de la pierre nouvelle » : période marquée par l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la céramique, à partir d'env. −10 000., à l’âge du Cuivre et jusqu’à l’âge du FerÂge du ferDernière période de la protohistoire (à partir d'env. −1200 en Europe et au Proche-Orient), marquée par la métallurgie du fer et les premiers royaumes., près de la moitié des individus présentaient encore des teintes foncées ou intermédiaires. Des gènes comme SLC24A5 ou SLC45A2, aujourd’hui quasi universels en Europe, n’ont diffusé que lentement. La peau claire n’était donc pas un avantage décisif imposé partout et d’un coup.

Les migrationsMigrationsDéplacements de populations sur de longues distances ; moteur majeur de l'histoire humaine (sortie d'Afrique, peuplement des continents, diffusions néolithiques et steppiques). plus que la sélection

Reconstitution d’un Homo sapiens
Reconstitution d’un Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens. (World Museum, Liverpool) — CC BY-SA 3.0, Rept0n1x

Pour les auteurs, la diffusion des traits clairs doit autant, sinon plus, aux grands mouvements de populations qu’à la sélection naturelle liée à la vitamine D. L’arrivée des premiers agriculteurs d’Anatolie, puis des pasteurs des steppes à l’âge du BronzeÂge du bronzePériode protohistorique succédant au Néolithique, marquée par la métallurgie du bronze (alliage cuivre-étain) et l'essor des premières cités et États ; en Égypte, elle correspond à l'époque des premières pyramides., a rebattu les cartes génétiques du continent. La couleur de peau des Européens est le produit d’un brassage, pas d’une adaptation linéaire au climatClimatConditions atmosphériques moyennes d'une région sur le long terme ; ses variations (glaciations, aridifications) ont orienté migrations, agriculture et effondrements de sociétés préhistoriques..

Cheddar Man, visage d’une Europe ancienne

L’icône de ce renversement reste Cheddar Man, ce chasseur-cueilleur britannique de −10 000 ans dont l’ADN indique une peau foncée et des yeux clairs. Longtemps jugée provocante, sa reconstitution est aujourd’hui confortée par les données de centaines de génomes : pendant l’essentiel de la préhistoirePréhistoireEnsemble des périodes de l'histoire humaine antérieures à l'écriture, du Paléolithique à l'âge des métaux, connues principalement par les vestiges matériels., l’Europe n’avait pas le teint qu’on lui prête.