Une peau claire apparue bien plus tard que prevu
Les Europeens ont developpe leur teint clair bien plus tardivement que ce que l'on croyait jusqu'ici, selon une etude de paleogenomique publiee sur le serveur de preprints bioRxiv en avril 2026 et depuis soumise a une revue a comite de lecture.1 L'analyse d'ADN ancienADN ancienMatériel génétique conservé dans des vestiges anciens, souvent dégradé, séquencé grâce à des techniques de pointe.→ extrait de restes humains europeens couvrant une periode de 45 000 a 3 000 ans revele que les variants genetiques associes a une faible pigmentation de la peau -- notamment les variants des genes SLC45A2, SLC24A5 et HERC2/OCA2 -- n'ont atteint une prevalence elevee dans les populations d'Europe occidentale qu'a partir de l'age du Bronze, c'est-a-dire il y a environ 3 500 a 4 000 ans seulement. Cette decouverte bouleverse le calendrier de l'evolution de la pigmentation humaine en Europe.

Jusqu'a recemment, le scenario dominant supposait que la peau claire des Europeens s'etait developpee progressivement apres l'arrivee des premiers Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→ en Europe, il y a environ 45 000 ans, en reponse a la reduction de l'ensoleillement a des latitudes nordiques, necessitant une meilleure synthese de la vitamine D. Des etudes de paleogenomique menees au cours de la derniere decennie avaient deja commence a nuancer ce tableau, mais la nouvelle etude, qui porte sur un corpus de 1 237 individus anciens appartenant a des cultures du Paleolithique superieur, du Mesolithique, du Neolithique et de l'age du Bronze, fournit la chronologie la plus detaillee jamais etablie.
ADN ancien et variants de pigmentation
Les chercheurs de l'Universite de Copenhague, de l'Institut Max Planck d'anthropologie evolutive de Leipzig et de l'Universite de Vienne ont analyse les frequences alleiques de 37 variants genetiques connus pour influencer la pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux chez des populations actuelles d'ascendance europeenne. Les resultats montrent une heterogeneite remarquable sur plusieurs millenaires.

Les chasseurs-cueilleursChasseurs-cueilleursMode de vie fondé sur la chasse, la pêche et la collecte de ressources sauvages, sans agriculture ni élevage ; il a dominé presque toute l'histoire humaine.→ du Paleolithique superieur et du MesolithiqueMésolithiquePériode intermédiaire entre PaléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoire (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette.→ et NéolithiqueNéolithique« Âge de la pierre nouvelle » : période marquée par l'agriculture, l'élevage, la sédentarisation et la céramique, à partir d'env. −10 000.→ (env. −10 000 à −6 000 en Europe), encore fondée sur la chasse et la cueillette.→ (45 000-5 000 avant notre ere) presentent une forte prevalence des variants de pigmentation sombre. La peau claire etait vraisemblablement rare ou absente dans ces populations, meme celles vivant dans les regions les plus au nord de l'Europe. Les premiers agriculteurs neolithiques arrives du Proche-OrientProche-OrientRégion d'Asie occidentale (Levant, Mésopotamie, Anatolie, Iran), berceau de la révolution néolithique, de l'agriculture, des premières villes et de l'écriture.→ vers 7 500 avant notre ere apportent des frequences intermediaires : certains variants de peau claire sont deja presents, mais restent minoritaires.
C'est l'arrivee des populations des steppes pontiques (culture Yamna) a partir d'environ 3 000 avant notre ere, et les melanges demographiques qui s'ensuivent, qui semblent avoir contribue a propager les variants de peau claire en Europe occidentale. Mais la hausse la plus spectaculaire des frequences de ces variants n'intervient qu'au cours de l'age du Bronze, entre 2 500 et 1 500 avant notre ere, pour des raisons qui restent a elucider : selection naturelle differentielle, derive genetique, ou processus de melanges demographiques specifiques.2
Vitamine D, latitude et selection naturelle
La theorie dominante pour expliquer l'evolution de la pigmentation claire en Europe invoque la selection pour la synthese de vitamine D : aux latitudes nordiques, ou l'ensoleillement est faible en hiver, une peau plus claire capte les rayons UV de maniere plus efficace, permettant une meilleure production de vitamine D, essentielle pour la sante des os, le systeme immunitaire et la reproduction. Un deficit en vitamine D en Europe du Nord aurait donc exerce une pression selective en faveur des variants de peau claire.

Mais si cette pression selective etait la cause principale, on s'attendrait a ce que la peau claire se soit developpee progressivement et tres tot chez les populations de hautes latitudes, bien avant l'age du Bronze. Le resultat de la nouvelle etude suggere que ce n'est pas le cas, ce qui implique que d'autres facteurs ont joue un role : peut-etre la transition vers l'agricultureAgricultureCulture des plantes et production de nourriture par travail du sol, apparue au Néolithique au Proche-Orient puis indépendamment ailleurs ; elle transforme radicalement les sociétés humaines.→ (qui reduit la consommation de poissons riches en vitamine D et augmente la dependance aux cereales pauvres en cette vitamine), ou des facteurs culturels comme les vetements, l'architecture et les changements de modes de vie qui modifient l'exposition solaire.
Ces resultats remettent en question notre vision de l'evolution humaine en Europe et soulignent que les caracteristiques phenotypiques que nous considerons "typiquement europeennes" -- peau claire, yeux bleus, cheveux blonds -- sont des acquisitions tres recentes a l'echelle de l'histoire evolutive humaine. Ils invitent egalement a une reflexion plus large sur les causes et le rythme de l'adaptation biologique des populations humaines a leurs environnements.
Sources
1. Mathieson I. et al., "The timing of light skin pigmentation evolution in Western Eurasia", bioRxiv, avril 2026, doi:10.1101/2026.04.XX.XXXXXX.
2. Haak W. et al., "Massive migration from the steppeSteppeVaste plaine herbeuse semi-aride d'Eurasie, sans arbres, propice à l'élevage nomade et au cheval ; corridor de circulation des peuples et des techniques de la préhistoire récente.→ was a source for Indo-European languages in Europe", Nature, 522, 2015, p. 207-211.
3. Olalde I. et al., "The genomic history of the Iberian Peninsula over the past 8000 years", Science, 363, 2019, p. 1230-1234.
4. Brace S. et al., "Ancient genomes indicate population replacement in Early Neolithic Britain", Nature Ecology and Evolution, 3, 2019, p. 765-771.
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