Entre 780 000 et 130 000 avant notre ere, la Terre traverse une serie de glaciations de plus en plus intenses, dont les cycles atteignent desormais 100 000 ans. C'est dans ce paysage instable, alterne entre toundras percees d'epinettes rabougries et savanes ouvertes ou fleurissent des rhinoceros, des mammouths et des lions des cavernes, que les hominines connaissent une acceleration evolutive sans precedent. Homo erectus cede progressivement la place a des formes plus cerebralement elaborees, d'abord Homo heidelbergensisHomo heidelbergensisEspèce humaine du Pléistocène moyen, souvent considérée comme l'ancêtre commun des Néandertaliens et de notre espèce.→, puis les premiers ancetres directs de Neandertal et d'Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→. Cette periode, souvent moins bien connue du grand public que le Paleolithique superieur qui la suit, n'en est pas moins l'un des grands carrefours de l'aventure humaine.1
Un monde en oscillation : le contexte climatique du Pleistocene moyen
Le debut du Pleistocene moyen est marque par l'inversion de Brunhes-Matuyama, il y a environ 780 000 ans : le champ magnetique terrestre bascule, et le pole nord magnetique prend la place du pole sud. Cet evenement geologique, invisible aux hominines qui vivaient a cette epoque, est aujourd'hui l'un des marqueurs stratigraphiques les plus precieux pour les archeologues et geologues, car il est enregistre dans les sequences rocheuses du monde entier, ce qui permet de synchroniser les decouvertes sur plusieurs continents.
Mais la caracteristique la plus structurante du Pleistocene moyen est d'ordre climatique. A partir de ~650 000 ans, les glaciations cessent de suivre des cycles de 41 000 ans (determines par l'inclinaison de l'axe terrestre) pour adopter des cycles de 100 000 ans, dictes par la forme de l'orbite de la Terre autour du Soleil. Ces glaciations deviennent aussi plus profondes et les interglaciales plus brefs. Les stades isotopiques marins (Marine Isotope Stages, MIS) permettent de les retracer avec precision : le Pleistocene moyen englobe les stades MIS 19 a MIS 6, soit une quinzaine de glaciations successives, dont certaines ont recouvert jusqu'a 30 % des terres emergeees de glaces continentales.2
Pour les hominines, ces bouleversements ne sont pas de simples variations meteorologiques : ils fragmentent les habitats, deplacent les ressources, creent des barrieres naturelles (mers, glaciers, deserts) et, a l'inverse, ouvrent parfois des corridors permettant les migrationsMigrationsDéplacements de populations sur de longues distances ; moteur majeur de l'histoire humaine (sortie d'Afrique, peuplement des continents, diffusions néolithiques et steppiques).→ sur de longues distances. La Manche n'existe pas encore, et l'Angleterre actuelle est reliee au continent par une vaste plaine alluviale parcourue par une version proto-Tamise. La mer Noire est parfois un lac d'eau douce. Le Sahara alterne entre phases "vertes", fertiles et peuplees, et phases ultra-arides coupant l'Afrique subsaharienneAfrique subsahariennePartie du continent africain au sud du Sahara ; berceau d'Homo sapiens, longtemps réputée hostile à la conservation de l'ADN ancien à cause de la chaleur.→ du reste du monde.
Homo antecessor : le predecesseur
A AtapuercaAtapuercaEnsemble de sites archéologiques de la sierra d'Atapuerca (Burgos, Espagne), inscrit à l'UNESCO, livrant une exceptionnelle séquence de fossiles humains, dont la Sima de los Huesos et Homo antecessor.→ (Espagne), dans la galerie dite Gran Dolina, les fouilles menees depuis les annees 1990 par une equipe internationale ont exhume des ossements attribues a une espece distincte : Homo antecessor, datee d'environ 800 000 ans. Cette espece, connue essentiellement par ces restes fragmentaires, est particulierement interessante car elle combine des traits modernes (face sub-verticale ressemblant a celle d'Homo sapiens) avec une anatomie generale archaique, proche d'Homo heidelbergensis. Certains paleontologues y voient l'ancetre commun de Neandertal et de sapiens ; d'autres considerent qu'il s'agit d'une lignee laterale sans descendants directs.3
Quoi qu'il en soit, les fouilles de Gran Dolina ont fourni une autre information capitale : des os d'hominines portant des traces de decarnisation systematiques, identiques a celles laissees par les outils sur des os d'animaux chasses. Ce sont les premieres preuves directes du cannibalisme dans l'histoire humaine. Si ce comportement relevait d'une pratique funeraire, d'un acte rituel ou d'une simple necessite alimentaire reste debattu.
La date de Gran Dolina correspond exactement a la limite Brunhes-Matuyama, et les hominines d'Atapuerca offrent une fenetre unique sur ce moment charniere. Les outils retrouves dans les niveaux associes appartiennent a l'industrie acheuleenne ancienne : des bifaces massifs, des chopping-tools, des eclats peu retouches. L'Acheulean de Gran Dolina est encore loin de la sophistication que cette tradition technologique atteindra 300 000 ans plus tard.
Homo heidelbergensis : l'ancetre commun
La mandibule de Mauer, decouverte en 1907 pres d'Heidelberg (Allemagne) et datee d'environ 600 000 ans, est le specimen type d'Homo heidelbergensis. Robuste, sans menton, avec des molaires enormes, cette machoire est celle de l'espece qui, selon le consensus actuel, constitue le dernier ancetre commun de Neandertal et d'Homo sapiens avant leur separation genetique, estimee aujourd'hui entre 500 000 et 700 000 ans.4
Homo heidelbergensis est retrouve en Europe (Mauer, Boxgrove, Swanscombe, Bilzingsleben, Caune de l'Arago, Petralona) et en AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde.→ (Bodo, Broken Hill ou Kabwe, Ndutu). Sa presence en Asie est probable mais plus difficile a delimiter. Morphologiquement, il se distingue d'Homo erectus par un cerveau plus grand (entre 1 100 et 1 400 cm3, contre 750 a 1 100 cm3 pour erectus) et des traits craniaux qui anticipent, selon la region, soit la morphologie neandertalienne (en Europe), soit la morphologie de sapiens archaique (en Afrique).
Sur le site de Boxgrove (West Sussex, Angleterre), date d'environ 500 000 ans, les fouilles ont livre un tibia et deux incisives d'Homo heidelbergensis, associes a une accumulation remarquable de bifaces acheuleens et d'os d'animaux. L'analyse taphonomique indique que ces hominines abattaient de grands herbivores : chevaux, rhinoceros, cerfs geants. Les traces de boucherie sur les os et l'absence de marques de carnivores anterieures aux entailles d'outils suggerent qu'ils etaient les premiers a s'emparer des carcasses, ce qui suppose une organisation de la chasse, probablement cooperative.
La Sima de los HuesosSima de los HuesosPuits naturel d'Atapuerca (Espagne) ayant livré plus de 6 500 ossements d'au moins 29 individus d'Homo heidelbergensis datés de −430 000 : le plus grand assemblage de fossiles humains du Pléistocène moyen.→ : une enigme vieille de 430 000 ans
A une centaine de metres sous la surface d'une colline calcaire d'Atapuerca, au fond d'un puits naturel de 13 metres appele Sima de los Huesos (Fosse aux Ossements), gisaient les restes de 29 individus, melanges dans une matrice d'argile brun-rouge. La datation par la serie de l'uranium donne un age d'environ 430 000 ans. Ces individus sont des Homo heidelbergensis europeens, mais leur anatomie cranio-faciale porte deja de nombreux traits "pre-neandertaliens" : occipital en chignon, sutures massives, renflements supra-orbitaires prononces.5
La question de leur depot au fond du puits est l'une des plus discutees de la paleoanthropologie actuelle. La seule explication coherente avec l'ensemble des donnees est que ces corps -- ou ces os -- ont ete deposes intentionnellement dans ce gouffre par d'autres hominines. Si cette interpretation est correcte, il s'agirait du plus ancien comportement funeraire organise connu, precurseur direct des sepultures neandertalliennes. Un bifacebifaceOutil de pierre taillé sur ses deux faces pour obtenir une forme et des tranchants réguliers.→ en quartzite rouge, dit "Excalibur", retrouve au milieu des ossements et sans utilite pratique, a ete interprete par certains chercheurs comme une possible offrande funeraire, bien que cette interpretation reste tres contestee.
L'ADNADNMolécule porteuse de l'information génétique, utilisée pour reconstruire les liens de parenté entre espèces.→ mitochondrial extrait de plusieurs specimens place les individus de la Sima dans le clade neandertalien, ce qui confirme que cette lignee europeenne etait deja bien separee de la lignee africaine conduisant a Homo sapiens a cette date. Une analyse de l'ADN nucleaire, publiee en 2016, a meme detecte des affinites avec les Denisoviens, suggerant que les populations d'Asie et d'Europe partageaient un fond genetique commun avant leur separation definitive.
La maitrise du feu : vers une conquete totale
Le feu transforme l'histoire humaine non seulement parce qu'il permet de cuire les aliments et d'augmenter drastiquement leur digestibilite et leur apport calorique, mais aussi parce qu'il reconfigure l'espace social, prolonge la journee active au-dela du coucher du soleil, offre une protection contre les predateurs et permet d'allonger la saison de presence dans des zones froides. Sa maitrise constitute donc un avantage selectif majeur.
Les premieres preuves d'utilisation du feu remontent a environ 1,5-1 million d'annees (Wonderwerk Cave, Afrique du Sud), mais il s'agit d'indices fragiles et ponctuels. C'est au cours du Pleistocene moyen que le feu devient veritablement omnipresent dans les registres archeologiques europeens et africains. A Gesher Benot Ya'aqov (Israel, ~780 000 ans), des graines et du bois brulee en association avec des outils acheuleens constituent l'une des plus anciennes preuves europeenne-levantine de feu controllee. A Beeches Pit (Angleterre, ~400 000 ans), a Bilzingsleben (Allemagne, ~400 000 ans) et a Lazaret (Nice, ~130 000 ans), les foyers sont bien documentes.6
La cuisson systematique des aliments aurait eu des consequences biologiques directes : reduction de la taille des dents et des muscles masticateurs, liberation de l'energie digestive au profit du cerveau, raccourcissement du tractus intestinal. Ces changements anatomiques s'observent effectivement au cours du Pleistocene moyen, bien qu'etablir un lien causal direct reste methodologiquement difficile. Ce qui est certain, c'est que la transition d'une utilisation opportuniste du feu a une maitrise delibee, incluant son allumage ex nihilo, constitue l'un des sauts cognitifs les plus profonds de l'histoire humaine.
Les lances de Schöningen : la chasse comme strategie collective
En 1994-1999, dans une ancienne mine de lignite pres de Schöningen (Basse-Saxe, Allemagne), les fouilles de Hartmut Thieme mettent au jour des artefacts en bois extraordinairement bien conserves, dates d'environ 300 000 a 400 000 ans. Parmi eux, huit lances completes et plusieurs demi-produits en bois de frene ou d'epicea, dont les dimensions et la forme rappellent les javelots modernes de competition : de 1,80 a 2,50 m de long, un centre de gravite situe au premier quart de la longueur totale -- exactement la ou il doit etre pour une portee optimale.7
Ces lances de Schöningen ne sont pas des pieux pour eloigner les predateurs ou des instruments de pechage. Leur conception aerodinamique prouve que leurs fabricants les projetaient a distance pour chasser du gibier en mouvement. Associes aux os de pres de vingt chevaux depeces methodiquement, ces objets attestent une chasse cooperative planifiee de grand gibier, une division possible des taches au sein du groupe, et une capacite de projection mentale -- anticiper la trajectoire d'une cible mobile et ajuster le geste en consequence -- qui implique des capacites cognitives elaborees.
Les lances de Schöningen ont contraint la communaute scientifique a reviser profondement l'image d'un Paleolithique inferieur essentiellement charognard. Homo heidelbergensis n'attendait pas qu'un lion abandonne sa proie : il organisait des battues coordonnees et attaquait a distance. C'est une rupture conceptuelle majeure dans la comprehension des comportements sociaux et cognitifs des hominines de cette periode.
L'essor de l'Acheulean : technologie et cognition
L'industrie acheuleenne, appelee ainsi d'apres le site de Saint-Acheul (Somme, France), nait en Afrique vers 1,76 million d'annees et perdure jusqu'a environ 200 000-100 000 ans selon les regions. Le Pleistocene moyen en est l'apogee. Le biface, piece maitresse de cette tradition, est un outil taille sur les deux faces pour obtenir un bord tranchant peripherique regulier, apte au depeçage, au fouissage ou a la percussion. Sa fabrication implique une anticipation de la forme finale, une capacite a corriger les erreurs de taille en cours de route et une memorisation de sequences gestuelles longues -- des capacites qui releveraient, dans un cadre contemporain, du raisonnement spatial et de la memoire de travail.
Au cours du Pleistocene moyen, les bifaces se raffinent considerablement. De massifs et irreguliers, ils deviennent de plus en plus minces, symetriques et soigneusement finis. Certains bifaces de la fin du Paleolithique inferieur, comme les pieces de Swanscombe (Angleterre, ~400 000 ans) ou de La Micoque (Dordogne, France), atteignent une regularite formelle qui depasse la simple utilite fonctionnelle. Des chercheurs comme Thomas Wynn ont avance l'hypothese que ces bifaces parfaitement symetriques pouvaient aussi avoir une valeur sociale ou sexuelle, une sorte de signal de capacite cognitive et motrice, mais cette idee reste debattue.8
Vers 300 000-250 000 ans, un changement technologique majeur emerge progressivement en Afrique et en Europe : la technique de taille Levallois. Au lieu de tailler un biface sur un bloc, les hominines preparent un nucleaus en dome ou en tortue, dont ils extraient ensuite, d'un seul coup precise, un eclat de forme predeterminee. Cette technique "predeterminee" represente un bond cognitif : il faut visualiser a l'avance la forme de l'eclat dans le volume du nucleus et organiser la taille en consequence, ce qui suppose une planification en plusieurs etapes et une conception spatiale plus abstraite que tout ce qui precedait.
Vie sociale et organisation des groupes
Les reconstitutions de la vie sociale du Pleistocene moyen restent parcellaires, mais plusieurs elements convergent pour esquisser des groupes plus complexes que ceux des periodes precedentes. Les analyses demographiques des individus de la Sima de los Huesos indiquent un groupe mixte (hommes, femmes, adolescents, enfants), avec une mortalite juvenile elevee et une esperance de vie qui depasse rarement 35-40 ans pour les adultes survivants. Certains individus portent des traces de pathologies severes : fractures cicatrisees, hypoplasies de l'email dentaire (signalant des episodes de disette durant l'enfance), cranes deja reconstitues apres des traumatismes -- ce qui implique que des individus fragilises etaient pris en charge par le groupe pendant des semaines, voire des mois.9
Les tailles de groupes sont impossibles a chiffrer directement, mais les modelisations demographiques et les arguments energetiques (espace ressources, besoins caloriques) suggerent des bandes de 25 a 50 individus, avec des reseaux d'echanges plus larges entre groupes. Des matieres premieres comme le silex ou le quartzite sont parfois retrouvees a plusieurs dizaines de kilometres de leur source geologique, ce qui implique un transport delibere ou des contacts inter-groupes reguliers.
La transition vers le Paleolithique moyen : naissance du technique Levallois
La frontiere entre Paleolithique inferieur et Paleolithique moyen n'est pas une rupture nette mais un continuum progressif, dont la date varie selon les regions entre 300 000 et 150 000 ans. En Europe, elle coïncide grossierement avec l'apparition du complexe Moustierien (associe a Neandertal) ; en Afrique, avec le Middle Stone AgeMiddle Stone AgeLongue phase de la préhistoire africaine (env. 300 000 à 40 000 ans), équivalent africain du Paléolithique moyen, marquée par l'essor des comportements symboliques.→ (associe a sapiens archaique). Le denominateur commun est le basculement vers des technologies d'eclats prepares plutot que de bifaces massifs.
Cette transition technologique s'accompagne de changements anatomiques : les cranes des hominines europeens deviennent progressivement plus "neandertaliens" -- occipitaux en chignon de plus en plus prononces, fosses supra-iniennes, os des pommettes reculant pour degager un nez projeant. En Afrique, les archanthropiens africains s'orientent vers une morphologie plus "pre-sapiens" -- front moins fuyant, face plus plate. Les deux lignees suivent des trajectoires evolutives separees, mais toutes deux heritieres de la meme humanite du Pleistocene moyen.10
Les grandes extinctions fauniques et le monde perdu du Pleistocene moyen
Le Pleistocene moyen est aussi le temps d'une megafaune d'une diversite que nous peinons aujourd'hui a imaginer. En Europe, Homo heidelbergensis coexistait avec le rhinoceros de Merck, le lion des cavernes europeen (bien plus grand que le lion africain actuel), l'hyene des cavernes, l'ours des cavernes dans ses premieres formes, le cerf geant (Megaloceros), le daim primitif, et des elephants du genre Palaeoloxodon dont certains individus atteignaient cinq metres au garrot. En Afrique, les repertoires fauniques etaient tout aussi spectaculaires, avec des bovidés, des suidés et des equides aux tailles parfois doubles de leurs equivalents actuels.
Ces megafaunes sont aujourd'hui etudiees non seulement pour elles-memes, mais parce qu'elles constituent le contexte ecologique dans lequel les hominines evoluaient, chassaient, se deplazaient et organisaient leur subsistance. La disparition progressive d'une partie de cette megafaune au cours du Pleistocene tardif et de l'Holocene, souvent mise en relation avec l'expansion d'Homo sapiens et les chasseurs ClovisClovisCulture paléoindienne d'Amérique du Nord (env. 13 000 ans), reconnaissable à ses pointes de pierre cannelées ; longtemps crue la plus ancienne du continent, elle ne l'est plus.→, a des racines partiellement anterieures -- certaines especes disparaissent deja lors des glaciations les plus intenses du Pleistocene moyen, independamment de toute pression anthropique directe.
Ce que cette periode nous apprend sur nous-memes
Le Pleistocene moyen est fondamental pour comprendre ce que nous sommes. C'est la que se joue la separation definitive entre la lignee qui conduira a Neandertal et celle qui donnera naissance a Homo sapiens. C'est la que le cerveau humain franchit un seuil de taille et de complexite qui rend possible la planification a long terme, la communication symbolique et l'innovation technologique. C'est la, enfin, que les premiers gestes qui ressemblent a ce que nous appellerions "comportement culturel" -- traiter les morts avec consideration, taille des outils dont la beaute depasse la necessite, chasser en groupe organise -- apparaissent dans le registre archeologique.
La periode reste sous-representee dans les musees et dans l'imaginaire prehistorique, eclipse par le Paleolithique superieur avec ses grottes ornees et ses Homo sapiens que nous reconnaissons immediatement comme "nous". Pourtant, sans Homo heidelbergensis, sans les foyers de Gesher Benot Ya'aqov, sans les lances de Schöningen et sans les corps de la Sima de los Huesos, le saut cognitif du Paleolithique superieur n'aurait pu avoir lieu. Le Pleistocene moyen est la grande salle des machines de l'humanite, invisible depuis le pont, mais sans laquelle le voyage n'aurait pas ete possible.
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier.