Au coeur du Poitou, dans la vallée encaissée de l'Anglin, se cache l'un des chefs-d'oeuvre les moins connus de l'art paléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoirePréhistoireEnsemble des périodes de l'histoire humaine antérieures à l'écriture, du Paléolithique à l'âge des métaux, connues principalement par les vestiges matériels.→ (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette.→ européen. Le Roc-aux-Sorciers, à Angles-sur-l'Anglin, abrite une frise de sculptures en bas-relief longue de plus de vingt mètres, réalisée il y a environ 14 000 ans par des artistes magdaléniens. Par son ampleur et sa qualité technique, ce site classe au rang des plus grandes réalisations artistiques de la préhistoire.
Le site fut découvert en 1927 par la préhistorienne Suzanne de Saint-Mathurin et l'archéologue Dorothy Garrod, alors qu'elles fouillaient un abri sous roche au bord de la rivière Anglin. Sous les sédiments accumulés, elles mirent à jour des figures sculptées dans le calcaire avec une précision qui stupéfia le monde savant : des bisons, des chevaux, des bouquetins, et surtout des représentations de corps féminins d'une audace formelle rare pour l'époque.
La frise du Roc-aux-Sorciers présente une particularité remarquable : les figures féminines - souvent réduites à leurs attributs anatomiques dans l'art mobilierArt mobilierObjets d'art transportables (statuettes, gravures sur os ou ivoire), comme les Vénus paléolithiques.→ magdalénienMagdalénienDernière grande culture du Paléolithique supérieur (env. −17 000 à −12 000), apogée de l'art pariétal (Lascaux).→ - y sont ici représentées en pied, avec un soin du détail anatomique qui témoigne d'une véritable maîtrise de la sculpture sur roche. Ces "Vénus en bas-relief" côtoient des représentations animales d'un réalisme saisissant, notamment un groupe de trois bisons grandeur nature dont les volumes sont rendus avec une maestria que l'on chercherait vainement dans bien des oeuvres postérieures.
Les techniques employées par les artistes magdaléniens révèlent une organisation du travail sophistiquée. Certains reliefs naturels de la roche ont été utilisés pour accentuer le volume des animaux, d'autres zones ont été soigneusement ravalées pour créer un fond lisse. Des traces d'ocreOcrePigment minéral (oxydes de fer) rouge ou jaune, utilisé dès la préhistoire pour la parure, les rites funéraires et l'art.→ rouge et de pigments noirs ont été identifiées, suggérant que les sculptures étaient peintes et que la frise, éclairée par des lampes à graisse, devait offrir un spectacle saisissant dans la pénombre de l'abri.
Le Roc-aux-Sorciers s'inscrit dans un ensemble régional de sites magdaléniens richement ornés, comme La Marche et la grotte de la Garenne, qui témoignent de la vitalité artistique du bassin du Clain et de la Vienne au Paléolithique supérieurPaléolithique supérieurDernière phase du Paléolithique (env. 45 000 à 10 000 ans), marquée par Homo sapiens en Europe, l'art, les parures et une succession de cultures (Aurignacien, Gravettien, Solutréen, Magdalénien).→. Mais c'est la combinaison unique de figures humaines et animales, et l'exceptionnel état de conservation d'une partie de la frise, qui font de ce site un monument de l'art préhistorique mondial.
Aujourd'hui classé monument historique, le Roc-aux-Sorciers est géré par la commune d'Angles-sur-l'Anglin, qui propose des visites guidées du site original et d'un centre d'interprétation où des moulages fidèles permettent d'appréhender l'ensemble de la frise. La recherche se poursuit : des analyses récentes au scanner 3D et à la photogrammétrie ont révélé de nouveaux détails dans les sculptures, confirmant que ce chef-d'oeuvre préhistorique n'a pas encore livré tous ses secrets.
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