Des archéologues espagnols et égyptiens ont annoncé en 2025 l'identification définitive de la tombe du pharaonPharaonTitre du souverain de l'Égypte antique, considéré comme un dieu vivant garant de l'ordre cosmique (la Maât), chef suprême de l'État, de l'armée et du culte.→ Thoutmôsis II, souverain de la XVIIIe dynastie qui régna sur l'Égypte d'environ 1493 à 1479 avant notre ère. La tombe, cataloguée C4 dans la nomenclature archéologique, avait été localisée pour la première fois en 2022 lors d'une mission de prospection dans les Ouadis Occidentaux, une zone de ravins arides à l'ouest de la Vallée des Rois, à Louxor. Il s'agit de la première tombe royale identifiée avec certitude dans la nécropoleNécropoleVaste ensemble de sépultures, « ville des morts » organisée, souvent sur plusieurs époques.→ thébaine depuis la découverte de celle de Toutânkhamon par Howard Carter en 19221. La découverte comble une lacune dans notre connaissance du début de la XVIIIe dynastie et ouvre de nouvelles perspectives sur l'une des périodes les plus fascinantes de l'histoire de l'Égypte ancienne.
Une découverte dans les ouadis oubliés
La localisation de la tombe C4 est le résultat de plusieurs années de travail systématique dans une zone des collines thébaines longtemps négligée par les archéologues. Les Ouadis Occidentaux, une série de ravins creusés par des torrents saisonniers à l'ouest des grandes vallées royales connues (Vallée des Rois et Vallée des Reines), avaient livré quelques tombes de la XVIIIe et XIXe dynasties, mais restaient largement inexplorés. Le projet Djeser-Djeseru, dirigé par l'archéologue espagnol Piers Litherland et soutenu par le Fonds de recherche pour le patrimoine archéologique, a engagé en 2018 une cartographie systématique de la zone par LiDARLiDARTélédétection par laser (de l'anglais « Light Detection And Ranging ») : un capteur émet des impulsions lumineuses et mesure le temps de retour de l'écho pour cartographier une surface en trois dimensions. Monté sur avion ou sur drone, il traverse les trouées de la canopée et restitue le relief du sol nu, révélant des structures invisibles sous la végétation.→ et radar à pénétration de sol.

La tombe C4 a été repérée en 2022 grâce à des anomalies du sous-sol révélées par les instruments géophysiques, dans un secteur particulier des Ouadis Occidentaux. Sa position géographique est singulière : l'entrée de la tombe se trouve directement sous une série de cascades naturelles formées lorsque les pluies exceptionnelles s'abattent sur les falaises thébaines. Cette situation, loin d'être accidentelle, semble avoir été choisie délibérément par les architectes royaux qui espéraient que les inondations périodiques dissuaderaient les pilleurs en comblant l'accès de la tombe de sédiments et de débris rocheux2.
Une décoration royale qui ne laisse aucun doute
L'identification de la tombe comme appartenant à Thoutmôsis II repose sur plusieurs éléments concordants. Le premier est la décoration du plafond de la chambre funéraire : il est peint en bleu profond, parsemé d'étoiles jaunes, un programme décoratif réservé aux chambres funéraires royales de la XVIIIe dynastie naissante. Le bleu du ciel nocturne et les étoiles d'or constituent la voûte du cosmos dans la cosmologie funéraire égyptienne, et leur présence dans cette tombe signale sans ambiguïté son statut royal.

Les parois de la chambre funéraire sont ornées d'extraits de l'Amdouat, le "Livre de ce qui est dans le monde souterrain", l'un des grands textes funéraires de l'Égypte du Nouvel Empire3. À l'époque de Thoutmôsis II, l'Amdouat était un texte royal par excellence, réservé aux sépultures pharaoniques, ce qui constitue un deuxième argument décisif pour l'identification de la tombe. C'est le voyage du dieu-soleil Ra à travers les douze heures de la nuit, décrit en douze registres de scènes et de textes qui se déroulent sur les parois de la chambre.
Les jarres canopes et la confirmation épigraphique
L'élément le plus convaincant pour l'attribution de la tombe est la découverte de fragments de jarres canopes en albâtre portant des cartouches royaux. Deux noms s'y lisent : celui de Thoutmôsis II lui-même ("Aakheperenrê Thoutmôsis" en translittération) et celui de sa grande épouse royale Hatchepsout, qui lui succéda sur le trône et régna comme pharaon pendant une vingtaine d'années avant la prise de pouvoir de Thoutmôsis III. La présence conjointe des deux noms sur le matériel funéraire confirme l'identité du propriétaire de la tombe au-delà de tout doute raisonnable.

Thoutmôsis II est l'un des pharaons de la XVIIIe dynastie les moins bien documentés. Il régna pendant environ treize ans, une durée relativement courte, et son règne est largement éclipsé dans les sources historiques par ceux de son père Thoutmôsis I et de ses successeurs Hatchepsout et Thoutmôsis III. On savait que sa momieMomieCorps préservé de la décomposition, naturellement (gel, sécheresse, tourbe) ou artificiellement ; les kourganes gelés de Pazyryk ont livré des momies naturelles à la peau tatouée.→ avait été découverte en 1881 dans la cachette royale de Deir el-Bahari, mais l'emplacement de sa tombe originale était une énigme depuis plus d'un siècle. La découverte de C4 résout enfin ce mystère et permet de retracer une étape supplémentaire dans l'évolution des pratiques funéraires royales au tout début du Nouvel Empire.
La tombe a subi d'importants dommages liés aux inondations répétées au cours des millénaires. De nombreuses peintures sont partiellement endommagées ou recouvertes de dépôts de boue séchée. Paradoxalement, ces mêmes inondations ont contribué à préserver certains matériaux organiques qui auraient autrement disparu. Des fragments de tissu de lin, des éclats de bois peint et des restes botaniques (probablement des offrandes florales déposées lors des funérailles) ont été retrouvés dans des conditions de conservation remarquables, grâce à la colmatage rapide de la tombe par les sédiments après les crues.
La campagne de fouilles se poursuit dans le secteur des Ouadis Occidentaux. L'équipe de Piers Litherland a identifié d'autres anomalies souterraines qui pourraient correspondre à de nouvelles tombes royales ou à des structures administratives liées à la nécropole. L'histoire de la découverte de la tombe de Thoutmôsis II n'est peut-être que le premier chapitre d'une série de révélations sur ce secteur jusqu'ici peu exploré de la nécropole thébaine.
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