Au coeur des montagnes de l'Altai, a la frontiere entre la Russie, le Kazakhstan et la Mongolie, le pergelisol a joue le role d'un congelateur naturel pendant plus de deux millenaires. C'est la que les archeologues ont mis au jour des kurgans -- des tumulusTumulusTertre de terre ou de pierres recouvrant une ou plusieurs sépultures ; coiffait souvent la chambre d'un dolmen au Néolithique. -- contenant des guerriers scythesScythesPeuples nomades cavaliers des steppes eurasiennes (Ier millénaire av. J.-C.), réputés pour leur art animalier, leur orfèvrerie et leurs tombes à kourganes ; la culture de Pazyryk en est une expression orientale., leurs chevaux sacrifies, et des objets organiques intacts depuis 2 500 ans. Ce documentaire explore ces tombes gelees qui revelent la vie, les croyances et l'art d'un peuple nomadeNomadeSe dit de groupes humains sans habitat fixe, se déplaçant avec leurs troupeaux au fil des saisons ; le nomadisme pastoral structure les sociétés des steppes eurasiennes. longtemps meconnu.1

Les premieres fouilles majeures sur les kurgans de Pazyryk, en Siberie russe, remontent aux annees 1920-1950, sous la direction de l'archeologue sovietique Sergei Rudenko. Dans ces tombes datant du Ve-IVe siecle av. J.-C., il decouvrit des corps momifies couverts de tatouages complexes, enveloppes dans des tapis et des fourrures. Le fameux tapis de Pazyryk -- vieux de 2 500 ans -- est le plus ancien tapis noue a la main jamais retrouve.2

Tapis de feutre de la culture Pazyryk, Altai, VIe-Ve siecle av. J.-C., Musee de l'Ermitage
Tapis de feutreFeutreÉtoffe non tissée obtenue en pressant et feutrant des fibres de laine ; les nomades des steppes en faisaient tapis, selles et appliques, remarquablement conservés dans les tombes gelées de Pazyryk. de la culture Pazyryk (Altai, VIe-Ve s. av. J.-C.) -- conserve a l'Ermitage de Saint-Petersbourg (domaine public)

En 1993, l'archeologue russe Natalia Polosmak decouvre dans le plateau d'Oukok (Altai) le kurgan d'une femme -- surnommee « la Princesse de l'Altai ». Son corps, tatoue et vetu d'une robe de soie, etait allonge dans un cercueil en meleze, accompagne de six chevaux harnaches. L'analyse ADNADNMolécule porteuse de l'information génétique, utilisée pour reconstruire les liens de parenté entre espèces. a confirme qu'elle appartenait a la culture Pazyryk, un groupe scythe vivant dans cette region au 1er millenaire av. J.-C.3

Ces decouvertes bouleversent notre image des Scythes, longtemps reduits a de simples cavaliers nomades. Les tombes revelent une societe complexe, avec des femmes guerrieres (a l'origine probable du mythe des Amazones), des artisans maitres dans le travail du metal, du bois et du textile, et des reseaux commerciaux s'etendant de la Chine a la Grece. Le style animalier scythe -- representations de cerfs bondissants, de felins et de gryphons -- constitue l'une des grandes traditions artistiques de l'Antiquite.4